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RFI: Vent de rigueur morale en Moldavie

Reportage diffusé dans l’émission Accents d’Europe, le 29/11/2016

Un vent de rigueur morale. C’est ce qui subsiste après les dernières élections présidentielles en Moldavie. Le nouvel élu, Igor Dodon, s’est positionné sur un programme économique populiste, une politique pro-russe, et des valeurs très traditionnelles. Le niveau d’homophobie de la campagne était au plus haut, ce qui ne devrait pas rassurer la communauté gay et lesbienne du pays.

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Gay Pride à Chisinau

La scène avait marqué les esprits. Sur un plateau de télévision, le favori de l’élection présidentielle, le socialiste Igor Dodon, se lance dans une diatribe contre sa rivale, la réformatrice libérale Maia Sandu. Il lui reproche de soutenir, directement ou indirectement, la communauté LGBT – Lesbiennes Gays Bisexuels et Transsexuels.

Maia Sandu, ne s’attendait pas à cette question. Elle a le regard affolé. Elle comprend vite qu’elle est piégée. Elle encaisse le coup avec difficulté, et bredouille une réponse peu convaincante. En tous les cas, pas suffisamment convaincante pour les électeurs moldaves, globalement très conservateurs. Ils la désavouent dans les urnes quelques jours plus tard.

Victoria Bucataru est analyste à l’Association de Politique Etrangère, à Chisinau. Elle explique que l’idée d’un retour aux valeurs traditionnelles a été une des clés de l’élection.

Victoria Bucataru: Dans cette campagne, plus qu’auparavant, l’Eglise a été utilisée pour discréditer l’un des candidats. Certains prêtres ont même organisé des conférences de presse pour prendre position publiquement contre Maia Sandu. 

Celui qui a fait le plus de bruit, c’est l’évêque Marchel de Balti. Il a directement mis en cause Maia Sandu pour sa divergence morale par rapport “à l’axe de la normalité”. En opposition à Igor Dodon, sanctifié comme un “chrétien et patriote”.

A partir de là, les rumeurs sont allées bon train. Maia Sandu a été largement associée à la communauté LGBT. Célibataire sans enfant, elle a aussi été accusée d’être lesbienne.

La constitution moldave garantit une séparation stricte de l’Eglise et de l’Etat. Mais l’implication de l’Eglise orthodoxe dans les affaires politiques n’est pas une nouveauté.

Artiom Zavadovsky: La campagne homophobe n’a pas commencé avec l’élection présidentielle…

Artiom Zavadovsky est un militant des droits des LGBT, à Chisinau. Un positionnement public qui l’expose à de nombreux risques.

Artiom Zavadovsky: Cela veut dire être en permanence la cible d’agressions verbales, ou être la victime d’attaques physiques. Et il est fort probable que dans ce cas la police ne mène  pas son enquête jusqu’au bout. Etre gay en Moldavie, cela veut dire être confronté à une forte homophobie dans la société, mais aussi dans les institutions d’Etat. 

Malgré une loi anti-discrimination, adoptée sous pression européenne, la situation de la communauté LGBT reste précaire. L’organisation de manifestations, en particulier la Gay Pride à Chisinau, est très controversées et soumise à de forts risques de violences contre les participants. Récemment, le parti socialiste d’Igor Dodon a déposé un projet de loi qui interdirait ce qui est qualifié de “propagande gay”, sur le modèle russe. Son élection à la présidence n’est donc pas une bonne nouvelle pour la communauté.

Artiom Zavadovsky: Les prérogatives du Président sont assez limitées, car nous sommes dans un régime parlementaire. Ce qui peut changer, c’est l’installation durable de cette réthorique de haine. Cela peut inciter certaines personnes à se lancer dans des attaques physiques, comme on l’a vu aux Etats-Unis après la victoire de Trump. 

Victoria Bucataru confirme que l’acceptation des différences, et de la diversité, est loin d’être garantie en Moldavie. La candidate Maia Sandu avait aussi perdu des électeurs à cause d’une fausse rumeur assurant qu’elle avait promis à Angela Merkel d’accueillir 30.000 réfugiés syriens après son élection… Une perspective très impopulaire auprès des électeurs.

Victoria Bucataru: En ce qui concerne les droits des minorités sexuelles, et les droits de l’homme en général en Moldavie, nous avons beaucoup à faire. Il est très difficile de changer les mentalités. En particulier dans une société qui est gangrenée par la corruption, et la pauvreté, ce n’est pas facile de parler de droits de l’homme.

En tous les cas, il semble difficile d’en parler d’une manière positive. La récente campagne a démontré, au contraire, que la question des droits de l’homme, et des minorités sexuelles en particulier, peut servir de marqueur politique négatif en Moldavie, et influencer l’issue d’une élection.

Ecouter le reportage ici

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