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TDG: L’OSCE observe de fortes tensions dans le Donbass

Entretien avec Alexander Hug, Premier adjoint au chef de la mission d’observation de l’OSCE, réalisé le 16/11/2016 à Kiev. Publié dans La Tribune de Genève, le 22/11/2016

Malgré sa haute stature, Alexander Hug donne l’impression de marcher sur des œufs. L’ancien militaire suisse est le premier adjoint au chef de la mission spéciale d’observation de l’OSCE en Ukraine. Il coordonne depuis 2014 quelque 700 observateurs, chargés de surveiller l’application et les violations du cessez-le-feu visant à mettre un terme à la guerre du Donbass. Un mandat délicat.

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La ligne de front est le théâtre depuis plusieurs semaines de violents échanges d’artillerie. Comment expliquer ce regain de tensions?

En effet, on n’avait pas observé un tel pic de tensions de toute l’année. Les violations se comptent par milliers. C’est une spirale infernale. Des escarmouches d’infanterie entraînent des réponses de calibres plus lourds, qui eux-mêmes entraînent des ripostes d’artillerie lourde à l’arrière. On a parfois des combats sur deux, trois niveaux, qu’il est très dur d’arrêter. Il faut se féliciter que la ligne de contact n’a pas bougé depuis longtemps. Mais le risque existe. Si les combats continuent, l’un des deux camps peut réagir de façon excessive.

Y a-t-il une raison à ce regain de violences?

Il n’y a pas une explication unique. Sinon, il serait aisé de l’identifier et de résoudre le problème. Ce que l’on observe, c’est ce qu’il y a une quantité élevée d’armes, le long de la ligne de contact. Des armes légères et des mortiers, mais aussi des chars d’assaut et des lance-missiles. Nombre de ces armes auraient dû être retirées au moins au-delà des 15 kilomètres de la ligne de front, comme stipulé dans les Accords de Minsk. Ces armes sont présentes des deux côtés. Dans la semaine du 7 au 13 novembre, nous avons recensé pas moins de 3500 violations du cessez-le-feu, dont certaines avec des lance-missiles de type Grad, qui sont particulièrement imprécis.

Qu’est-ce qui empêche les belligérants de se tirer dessus?

Sur de nombreux points de la ligne de contact, les parties sont très proches les unes des autres. Dans un triangle entre l’aéroport de Donetsk, Yasinovata et Aviidvka, par exemple, ils sont à 50 ou 20 mètres les uns des autres. Cela va généralement de pair avec des combats continus. Dans les zones où les parties sont plus distantes, il y a moins de possibilités de combat. Une autre raison à mentionner pour expliquer le regain de tensions: les négociations de paix à Minsk sont bloquées en ce moment. Cela entretient un climat d’incertitude.

Dans ces conditions, les récentes annonces sur un désengagement des parties vont rester lettre morte?

Non. Cette notion de désengagement doit être comprise comme impliquant le respect du cessez-le-feu et la démilitarisation de la zone. Si l’on souhaite que les parties se retirent d’un ou deux kilomètres par rapport à la ligne, il faut qu’il n’y ait pas de combats, afin que chacun évacue en confiance et ne le vive pas comme une retraite. Cela a déjà été fait à Zolote ou Bohdanivka-Petrivske. C’est possible.

Percevez-vous vraiment une quelconque volonté politique allant dans ce sens?

Dans le cadre des Accords de Minsk, toutes les parties ont accepté un désengagement. Moi et mon équipe devons partir du principe que tous souhaitent honorer leurs engagements. Une des manières d’y arriver est d’autoriser l’accès de la SMM à toutes les zones nécessaires. C’est ainsi que nous pouvons fournir des assurances aux deux parties, et instaurer un climat de confiance.

Vous avez récemment déclaré que la majorité des obstacles rencontrés provenaient du côté séparatiste. Est-ce toujours le cas?

En général, oui. Nous rencontrons beaucoup de difficultés à surveiller la frontière avec la Russie, par exemple. Mais nous ne pouvons pas spéculer sur les raisons de ces obstacles. Ce qui est sûr, c’est que nous ne pouvons pas voir ce qui nous est caché. Donc il y a quelque chose que l’on ne veut pas que nous voyions. Mais on ne peut rien dire de plus. Ce travail d’observation est difficile, car les zones de combat changent. L’artillerie est montée sur camions. On peut prendre un mortier sous son bras et quitter la zone…

Selon vous, que doit-il être fait pour que cette guerre ne se transforme pas en conflit gelé?

Je n’ai pas rencontré de civil dans les zones non contrôlées par le gouvernement qui ne souhaitait pas une fin du conflit immédiate. Tous se sentent ukrainiens. C’est encourageant. Les civils sont ceux qui souffrent le plus dans ce conflit. Des milliers d’entre eux franchissent néanmoins la ligne de contact chaque jour. Cela prouve que ce n’est pas «nous contre eux», que la séparation est artificielle. La priorité, c’est que les combats cessent. Des cessez-le-feu antérieurs ont démontré que c’est possible.

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