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RFI: Pas de retour en vue pour les déplacés du Donbass

Reportage diffusé dans l’émission Accents d’Europe, sur RFI, le 03/11/2016

Depuis le printemps 2014, la guerre dans l’est de l’Ukraine a fait plus de 10.000 morts, selon l’ONU. Et les combats continuent le long de la ligne de front. Le conflit a aussi fait plus de 1,5 million de personnes déplacées, éparpillées entre la Russie et l’Ukraine. En Ukraine, ils seraient entre 800.000 et 1 million. Leurs situations restent pour la plupart très précaires. 

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Bonjour!

Ivan: Bonjour, parlez-vous français? (rires)

L’accueil est chaleureux, chez Ivan et Tetiana. Le nom d’Ivan est Cherboul – sa famille serait historiquement originaire de la ville de Cherbourg, en Normandie. Ils se réjouissent donc de recevoir la visite d’un journaliste français. Mais le tour du propriétaire est vite fait: cela fait deux ans qu’ils habitent dans un une chambre de résidence universitaire de 10 mètres carrés.

Ivan et Tetiana avaient une vraie maison, là-bas, à Louhansk. Ils venaient d’y faire des réparations quand la guerre a commencé, au printemps 2014. Louhansk est devenu l’une des capitales des séparatistes pro-russes. Tetiana et Ivan ont fui, et se sont réfugiés à 100 kilomètres au nord, à Severodonetsk, en territoire ukrainien.

Lena Sennaya est elle-même originaire de Pervomaisk, aujourd’hui en territoire séparatiste. Elle coordonne de l’aide aux personnes déplacées, au sein du Fonds Alexander Romanovski.

Lena Sennaya: Il a fallu résoudre les problèmes les uns après les autres. Nous étions partis sans rien, en été – automne 2014. Il a fallu manger, s’habiller, s’occuper des enfants. Et aujourd’hui, le problème principal, c’est le logement. 

Lena Sennaya explique que beaucoup de personnes ont préféré retourner vivre chez eux, en territoires séparatistes, malgré les risques politiques et sécuritaires. Les conditions d’hébergement en territoires ukrainiens sont souvent très précaires. Obtenir un travail, c’est possible. Mais la reconversion n’est pas toujours évidente pour des anciens mineurs et ouvriers industriels. Vivre comme personne déplacée en territoire ukrainien est loin d’être en choix. Mais cela répond, entre autres, à des considérations très pratiques.

Lena Sennaya: Ceux qui habitent côté ukrainien ont compris que là-bas, il n’y a pas d’avenir. On ne sait rien de la situation politique. Les diplômes des écoles et universités ne sont reconnus nulle part… Mais donc, cela veut dire qu’il faut se réorganiser à partir de rien, sans même être sûr d’avoir un toit sur la tête. 

Ici, à Severdonetsk, même les petites chambres de la résidence universitaire ne sont pas garanties.

Anna Roudenko: Il ne reste que 24 personnes déplacées dans la résidence universitaire. Il y a une sorte de conflit avec l’université, qui veut faire de la place pour ses étudiants. Ils ont reçu une bourse de l’Union européenne pour développer l’université et rénover quelques bâtiments, donc ils veulent donner la priorité aux étudiants.

Anna Roudenko est elle de Louhansk, elle s’est faite porte-parole du groupe de personnes déplacées de cette résidence universitaire. Une de ses priorités est d’assurer un soutien psychologique pour son groupe.

Anna Roudenko: C’est très dur à vivre. Avant, on avait un chez-soi, notre confort. On est arrivés ici avec deux valises, pour se retrouver entassés dans des petites chambres étudiantes… Evidemment, il y a des organisations humanitaires qui sont là pour aider. Mais faire la queue pour récupérer un colis alimentaire, cela ne réjouit personne… 

A travers toute la région, les files d’attente aux distributions d’aide humanitaire sont une scène devenue presque banale.

Deborah Nguyen est chargée de communication du Programme Alimentaire Mondial (PAM), qui organise des distributions de colis alimentaires.

Deborah Nguyen: Ces personnes ont épuisé leur épargne. Elles n’ont pas beaucoup d’argent pour subvenir à leurs besoins. Certaines personnes reçoivent de l’aide de leurs familles. Certaines personnes reçoivent une pension de retraite de l’Etat. Mais c’est souvent insuffisant pour subvenir à leurs besoins.

Le gouvernement à Kiev a récemment fait passer une loi restreignant les conditions d’accès à des aides publiques. Cette loi a permis de limiter certains abus. Mais elle précarise encore plus des familles qui comptaient sur le soutien de l’Etat.

Reste donc l’aide humanitaire. Les rations distribuées par le PAM sont suffisantes pour une personne pour un mois. Mais même cette aide primaire n’est plus garantie. Le PAM n’a pas débloqué les financements promis pour l’Ukraine en 2016. L’objectif était d’aider 280.000 personnes. Le PAM en touchera à peine 100.000. Deborah Nguyen

Deborah Nguyen: Sans l’aide du PAM, ces personnes vont se retrouver dans des situations très difficiles, car ce sont des personnes qui sont déjà très vulnérables à la base.  

Le conflit hybride du Donbass dure depuis déjà plus de deux ans, et il ne semble pas près de se résoudre. Malgré cela, des centaines de milliers de personnes n’ont toujours pas trouvé un modus vivendi. Elles sont faiblement soutenues par l’Etat, et vivent dans des situations toujours précaires. L’inquiétude monte, à l’approche de l’hiver.

Ecouter le reportage ici (accès libre) 

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