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Démission d’Arséni Iatseniouk: juste une nouvelle étape de la crise ukrainienne

Version longue d’articles publiées dans diverses éditions, le 12/04/2016

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“La crise politique ne s’achève pas avec la démission d’Arséni Iatseniouk. Au contraire, elle ne fait que commencer”. L’éditorialiste Vitaliy Portnikov est provocateur à dessein. Le départ du Premier ministre, accusé de chapeauter un système de corruption généralisée et d’entraver l’adoption de réformes structurelles, était attendu depuis des mois. Il est néanmoins loin de mettre un terme aux manipulations politiciennes qui “tiennent en otages le gouvernement, la société, et l’Etat tout entier”, selon l’expression d’Arséni Iatseniouk.

Lors d’un vote de défiance avorté, le 16 février, “nous avions l’occasion de virer Arséni Iatseniouk d’une manière directe, de lui faire honte, pour son très mauvais bilan”, commente Serhiy Leshchenko, ancien journaliste d’investigation, aujourd’hui député du Bloc de Petro Porochenko. “A cause d’une entente avec le Président, il a l’occasion de sortir la tête haute…”

Arséni Iatseniouk n’a d’ailleurs pas perdu l’occasion de nommer lui-même son successeur, qui devrait être avalisé le 12 avril. Ce sera Volodymyr Hroïsman, actuel Président du Parlement et favori du Président Petro Porochenko. Un tel choix sous-entend un accord préalable entre les trois hommes. Autrement dit, le maintien du système actuel de gouvernance.

Volodymyr Hroïsman, quoique peu connu du grand public, n’a en effet rien d’un nouveau venu. C’est le bon soldat. A 38 ans, son ascension est certes remarquable. Elle n’est néanmoins due ni à son charisme, ni à un projet politique révolutionnaire. Le talent de Volodymyr Hroïsman, un jeune administrateur bien éduqué, c’est celui de gérer efficacement les affaires de Petro Porochenko. C’est ce qu’il a fait pendant 8 ans en tant que maire de Vinnytsia. Une ville élégante du centre-ouest de l’Ukraine, qui abrite aussi la maison-mère des confiseries Roshen, le coeur de l’empire économique de Petro Porochenko. Volodymyr Hroïsman s’y est distingué par une mise sous contrôle de la corruption et une gestion rationnelle, à l’européenne, qui a attiré les investisseurs étrangers. Tout en aménageant une place centrale à la confiserie Roshen dans l’espace urbain.

Quand Petro Porochenko est propulsé à la Présidence au printemps 2014, c’est presque naturellement que le maire délaisse son poste et le suit à la capitale. Le Chef de l’Etat tente plus d’une fois de l’imposer comme Premier ministre, mais se heurte à la concurrence d’Arseniy Iatseniouk. Cantonné à partir de décembre 2014 au perchoir du Parlement, Volodymyr Hroïsman se façonne, peu à peu, une stature d’homme d’Etat. Non pas à travers des discours flamboyants ou des initiatives audacieuses, mais par le biais de jeux d’influences, de manipulations politiciennes, et de relations avec de puissants hommes d’affaires. Volodymyr Hroïsman Premier ministre, c’est la mainmise de Petro Porochenko sur l’exécutif, à un moment où le Président est accusé de recourir à une justice sélective, et soupçonné de tentative d’évasion fiscale après avoir été mis en cause par les “Panama Papers”.

On serait donc loin de la rénovation politique tant attendue par la société civile. Selon une source citée par le média en ligne “Oukrainska Pravda”, le parti “Front Populaire” d’Arséni Iatseniouk aurait d’ores et déjà sécurisé 6 postes dans le futur cabinet. Le sulfureux Ministre de l’Intérieur, Arsen Avakov, obstacle à de nombreuses réformes, est ainsi assuré de garder son poste. A travers lui, Arséni Iatseniouk conservera une influence appréciable sur l’appareil d’Etat. La composition du reste du gouvernement, et l’importance qui serait donnée à d’éventuels ministres réformateurs, est plus qu’incertaine. Dans la soirée du 11 avril, la rumeur s’est même répandue que Volodymyr Hroïsman renonçait à sa candidature au poste de Premier ministre, à cause de désaccord sur le choix de certains ministres. Les désaccords entre lui, son parti, le Front Populaire, mais aussi avec certains cercles de l’administration présidentielle, font couler beaucoup d’encre à Kiev.

De même, la composition d’une nouvelle coalition parlementaire s’annonce plus que bancale. Dans la configuration actuelle, elle devra réunir des partis qui se sont brutalement affrontés au cours des dernières semaines, et qui se projettent déjà dans la perspective d’élections anticipées. En cas de désaccord irréconciliable, la Présidence a d’ores et déjà fait savoir qu’une dissolution du Parlement était probable. Une annonce qui fait déjà frémir les bailleurs de fonds occidentaux de l’Ukraine, inquiets d’une instabilité politique chronique.

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