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RFI: Les LGBT, laissés pour compte des changements en Ukraine?

Intervention dans la séquence Bonjour l’Europe, sur RFI, le 25/03/2016

L’Ukraine se débat toujours dans ses efforts de réformes pour renforcer l’Etat de droit et instaurer un système de justice indépendant qui soit au service des citoyens. Parmi eux, la communauté des Lesbiennes, Gays, Bisexuels et Transsexuels, LGBT, qui sont discriminés depuis toujours dans le pays et dans la région en général. Malgré quelques avancées législatives, la réalité est toujours problématique. Sébastien Gobert est à Lviv, dans l’ouest de l’Ukraine, où on a récemment assisté à une nouvelle explosion de violences. 

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Photo: Olena Shevhenko, organisatrice. 

Que s’est-il passé? 

Pour le dire simplement, c’est un Festival de l’Egalité, patronné par des organisateurs LGBT, qui devait se tenir le 19 mars dans le centre de Lviv. Il s’est transformé en esclandre, sous la pression de plus de 150 jeunes cagoulés. En plein centre-ville, ils ont assiégé l’hôtel où les participants s’étiaent rassemblé, et en ont molesté et blessé plusieurs, entre autres en leur lançant des pierres.

En soi, des violences contre la communauté LGBT, ce n’est pas une nouveauté. Les tentatives d’organiser des Gay Pride à Kiev se soldent chaque année par des échauffourées.

Ce qui est plus inquiétant ici, ce sont les discriminations et violations de l’Etat de droit dont ont été victimes les organisateurs à tous les niveaux. Le maire de la ville, Andriy Sadoviy, a d’abord refusé de soutenir l’évènement. La police a refusé d’y allouer des forces de protection. Les organisateurs avaient réservé de nombreuses chambres dans un hôtel du centre, mais la direction leur a refusé l’entrée à leur arrivée. Quand les jeunes hooligans sont arrivés à l’hôtel et ont donné les premiers signes d’agressivité, la police a mis une heure à se rendre sur place. Elle a procédé à une évacuation désordonnée des participants du festival depuis le centre-ville, après quoi la plupart des hooligans sont rentrés chez eux. Seuls quelques uns des plus excités ont été arrêtés, relâchés après quelques heures.

Et une semaine après, y-a-t-il des avancées pour punir les provocateurs? 

Non seulement il n’y a pas de poursuites en justice, mais en plus, la faute de ces violences est rejetée sur les organisateurs eux-mêmes par les politiques, de nombreux médias, et l’Eglise. On reproche aux initiateurs du festival une mauvaise organisation, et un mauvais timing. Le maire de Lviv s’est même dédouané en dénonçant une provocation organisée par la Russie. Il a été épaulé en cela par l’Eglise, qui condamne régulièrement les minorités sexuelles. Le patriarche orthodoxe Filaret a ainsi récemment déclaré que l’homosexualité est un crime comparable au meurtre.

Mais tout en rejetant la faute sur les organisateurs, la justice ne s’inquiète pas des manquements du maire à ses devoirs constitutionnels de garantir le droit d’assemblée et de manifester. Les insuffisances de la police ne font pas l’objet d’une procédure particulière non plus.

C’est donc cela qui fait scandale. Lviv, cette ville toute proche de la Pologne, se vante d’être la plus tolérante et la plus européenne des villes d’Ukraine. Lorsque la Révolution a éclaté contre le Président autoritaire Viktor Ianoukovitch, le maire était le plus fervent garant de la liberté de manifester. Mais l’ouest de l’Ukraine reste très religieux, conservateur et patriarcal. Alors dès qu’il s’agit des minorités sexuelles, il semble qu’il n’y ait plus de tolérance ou de garanties constitutionnelles qui tiennent.

Cela veut-il dire que les LGBT sont les laissés-pour-compte du mouvement de réformes actuels? 

Oui et non. Ils ont récemment obtenu quelques succès, notamment à travers l’adoption d’une loi anti-discrimination sur le lieu de travail. Mais encore faut-il que cette loi soit effectivement appliquée et qu’un changement s’opère dans les mentalités. Les LGBT sont toujours vus comme des éléments déviants, voire étrangers, à la société ukrainienne. Dernière en date: selon le maire d’Ivano-Frankivsk, une autre ville de l’ouest du pays, on ne peut pas être à la fois Gay et Patriote, ce qui met véritablement les LGBT au ban de la société, dans un pays en guerre.

Même si ces discriminations ne sont pas une nouveauté, ils mettent les efforts de l’Ukraine à mal pour obtenir le soutien des Pays-Bas dans un référendum crucial prévu le 6 avril, mais aussi pour obtenir une libéralisation du régime de visas Schengen pour que les Ukrainiens puissent voyager plus librement en Europe. Et déjà qu’il y avait beaucoup de spéculations politiciennes sur ces questions. Mais les vieux démons de l’Ukraine, l’homophobie latente, l’irresponsabilité politique ou encore la justice sélective, montrent bien qu’il n’y a rien de garanti.

Ecouter la séquence ici

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