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LLB: L’Ukraine résistante… à la vaccination anti-polio

Ceci est la version longue d’un article publié dans La Libre Belgique, le 21/12/2015

“Le vaccin, c’est de la roulette russe. Certains enfants réagissent bien. D’autres, comme mon fils, on des problèmes…” Le regard perdu au loin, dans un café de Lviv, Oksana Kalmykova pense à son fils Fedir. A 5 ans, il souffre de nombreux problèmes de santé, que sa mère attribue à un vaccin anti-polio qui lui a été administré quand il avait moins d’un an. “J’ai cru ce que les docteurs m’ont dit. Mais peu après avoir reçu le vaccin, Fedir a développé des troubles du comportement et de la croissance…”

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Rien ne permet d’établir un lien clair entre l’état de santé de Fyodor et le vaccin anti-polio. Oksana Kalmykova s’est néanmoins faite une opinion bien tranchée, étayée par les réseaux sociaux, et ses amies de sa paroisse orthodoxe russe. “Dans ce contexte de nouvelle hystérie sur la polio, je déconseille à quiconque d’aller faire vacciner leurs enfants”.

Depuis novembre, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) demande pourtant l’instauration d’un état d’urgence en Ukraine, afin de contrer le retour de la poliomyélite. Cette maladie infantile, qui peut mener à la paralysie quasi-totale du corps, avait disparue du continent européen en 2010. Jusqu’à août dernier, quand deux enfants, de 4 et 10 ans, se sont retrouvés paralysés en Transcarpatie, dans l’extrême-ouest de l’Ukraine.

“On s’est rendu compte que le taux de vaccination des enfants de moins de un an était de 14%!”, s’emporte Dorit Nitzan, représentante de l’OMS à Kiev. “Alors qu’en URSS, la vaccination était obligatoire, le système de prévention médicale dans l’Ukraine indépendante s’est dégradé, à cause d’un manque de moyens et d’une faible volonté politique”. Une première campagne de vaccination d’urgence touche 64,5% des enfants dès octobre. Mais la deuxième session traîne: plus de 30% des enfants ukrainiens demeureraient sans protection. “Nous faisons face à une réelle campagne de désinformation dans les médias et sur Internet. Beaucoup de parents ne veulent pas faire vacciner leurs enfants”, se dépite Dorit Nitzan.

Cette inquiétude est bien réelle pour l’infirmière Svitlana Onishchuk, depuis une des cliniques pédiatriques de Lviv. “Aujourd’hui, nous avons vacciné 47 enfants. Mais il y a encore peu, nous avions des pics à 200 enfants par 200 enfants par jour!” Elle exhibe avec fierté les vaccins conservés dans un réfrigérateur. Produits par la société française Sanofi Pasteur, ils ont été achetés par le Canada et expédiés par les Nations-Unies. “Ils sont gratuits pour les patients. Mais beaucoup de parents croient qu’ils sont périmés. En tout cas, c’est ce qui est relayé dans les médias”.

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Sur les chaînes de télévision, des experts expliquent en boucle que les vaccins ont été décongelés et re-congelés plusieurs fois, ce qui les rendrait dangereux. “Les protocoles d’utilisation de l’OMS indiquent clairement que l’on peut les re-congeler dix fois. Ces vaccins sont très bien”, s’irrite Nataliya Timko, chef du département d’épidémiologie pour la région de Lviv. Elle s’inquiète d’une panique injustifiée, qui trahit une ignorance plus profonde. “La moitié du personnel soignant dans la région ne croit pas à un retour de la polio. Comment peuvent-ils convaincre les parents de faire vacciner leur enfant?!”

Pour Olga Stefanychyna, directrice de l’ONG “Patients d’Ukraine”, spécialisée dans la lutte contre la corruption dans le domaine médical, cette “panique” est aussi artificielle, engendrée par “les compagnies pharmaceutiques ukrainiennes . Elles sont bien connues pour leur pratiques corrompues. Et elles n’aiment pas la concurrence créée par de bons vaccins occidentaux, qui plus est, gratuits”.

Dans un contexte de guerre, où de larges groupes de populations sont déplacées, voire émigrent à l’étranger, Oliver Rosenbauer, en charge de la campagne d’éradication de la polio au siège de l’OMS, à Genève, insiste sur “un manque de volonté politique, allié aux problèmes structurels de l’Ukraine. Le réseau de distribution est insuffisant. Il y a encore beaucoup de parents qui veulent faire vacciner leurs enfants mais ne peuvent pas; parce qu’il n’y a pas de vaccins disponibles!” A travers le cas de la polio, ce sont les carences du système médical ukrainien qui apparaissent. Celui-ci est incapable de protéger la population contre des risques d’épidémies sérieuses.

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