Guerre du Donbass Société Ukraine

RFI: Des Volontaires au Secours de l’Armée ukrainienne

Reportage diffusé dans l’émission Accents d’Europe sur RFI, le 11/11/2015

Depuis le 1er septembre 2015, les armes se sont tues dans l’Est de l’Ukraine. La trêve est certes fragile, mais elle est respectée. Il n’empêche que des dizaines de milliers de soldats stationnent encore dans le Donbass. Et pour ces militaires ukrainiens, les conditions de vie laissent à désirer, surtout à l’approche de l’hiver. Ce sont donc des bénévoles et des volontaires qui améliorent leur quotidien en effectuant des livraisons régulières d’équipement et de nourriture.

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C’est dans un recoin improbable de la banlieue de Kiev qu’Ivan stoppe son vieux fourgon Volkswagen et s’arrange pour faire de la place à l’arrière.

Ivan: Attendez que je m’organise bien… 

Entre cartons de patisseries et fruits, bouteilles de jus fait maison, sacs de couchages, un poêle et un poste de télévision, Ivan parvient à caler toute sa cargaison pour que rien ne tombe. Sans attendre, il reprend la route. Destination: la ligne de front du Donbass.

Ivan est accompagné d’Elena Elinova. Comme lui, elle est volontaire, en charge de livrer des produits de première nécessité aux soldats ukrainiens, selon les moyens du bord.

Elena Elinova: C’est les gens qui donnent. On achète quelque chose avec notre argent, on a pris de mes collègues… Sinon il y a des activistes français de l’association “France-Ukraine Solidarité qui nous aident, qui nous donnent de l’argent, qui nous envoient des affaires pour les soldats comme des sacs de couchage ou bien les tenues ou bien les gilets pare-balles. On leur a dit qu’on avait besoin d’argent pour acheter des chaussures chaudes. Et ils ont donné de l’argent pour qu’on puisse acheter tout ça. 

Les mains agrippés au volant, Ivan s’enfonce dans la nuit en direction de l’est. Il préfère rouler de nuit pour arriver dans la zone de guerre pendant la journée. Ivan est un ancien combattant volontaire du bataillon Aidar, à la réputation douteuse.

Il l’a quitté quand le bataillon a été retiré de la ligne de front. Depuis, il effectue des ravitaillements auprès des soldats le plus régulièrement possible.

Ivan: Deux fois, trois fois par semaine. Quand c’est possible, je fais le voyage. Le problème, c’est qu’il n’y a pas assez d’argent pour faire le plein d’essence. Mais il faut le faire. L’Etat ne peut pas tout. Si nous ne mettons pas la main à la pate, qui le fera? 

A deux heures du matin, nouvel arrêt, à mi-chemin entre Kiev et le Donbass.

Le propriétaire des lieux, Pavlo, à la barbe blanche, s’empresse d’enfourner de nouveaux cartons de nourriture dans la camionnette. Pendant ce temps, dans la maison, sa femme termine de préparer un réel festin.

Baba Lyuba comme elle se prénomme est devenue une étape incontournable des groupes de soldats et de volontaires qui font des aller-retours entre Kiev et la zone de guerre. En été 2014, elle a commencé à cuisiner pour quelques soldats de passage. Et la rumeur s’est répandue.

Baba Lyuba: Et c’est comme ça que ça a commencé. Pour l’instant, j’ai cuisiné 9000 vareniki, ces sortes de raviolis fourrés fait à la main. 9000! Je me suis fait une entorse du doigt à cause de cela. (à 0’13, laisser courir le son sur 0’02 secondes pour écouter les rires) Au début, toute ma retraite y était passée, juste pour nourrir les soldats. Maintenant, je reçois de l’aide des volontaires, ça me permet de continuer à cuisiner. 

Baba Lyuba et son mari Pavlo s’affichent comme des maillons essentiels de cette chaîne de volontaires, développée après la Révolution de la Dignité pour pallier les déficiences de l’Etat. Baba Lyuba assure ne compter ni les heures, ni la fatigue.

Baba Lyuba: Mais comment ne pas aider tous ces gars, ils se battent pour nous! Nous ne connaissons personne dans la zone de guerre, ni fils, ni cousin. Mais nous allons continuer à soutenir nos gars, tant que besoin est. 

Ici non plus, pas question de s’attarder.

Ivan a à peine englouti quelques patates qu’il est de nouveau derrière son volant. La route est longue est délabrée, et les postes de contrôle militaires sont nombreux dans la région.

Ce n’est qu’à la nuit tombée que le fourgon parvient à l’une de ses principales destinations: une garnison isolée dans la région de Louhansk.

Dans une maison abandonnée logent dix soldats. Dix autres se préparent à l’hiver dans une tente dressée à proximité. Les sanitaires sont, eux, aménagés entre deux buissons.

Ici, Ivan prend des allures de Père Noël en distribuant nourriture et bouteilles de lait, bottes étanches, et un poste de télévision, arme précieuse pour lutter contre l’ennui de l’hiver.

Si les volontaires ne venaient pas approvisionner cette position reculée, les soldats n’auraient pas la possibilité de se procurer des bottes.

Soldats: Il faudrait acheter cela avec notre propre argent. Mais nous n’avons pas la permission de nous rendre en ville pour faire des courses. L’armée fournit des uniformes et des armes. Mais tout ce qui est plus avancé, comme les manteaux chauds ou des chaussures, c’est réservé aux militaires de carrière. 

Les volontaires sont accueillis comme un divertissement bienvenu. La soirée se passe en plaisanteries et anecdotes en tout genre, à la grande satisfaction de la volontaire Elena Elinova.

Elena Elinova: Je pense sincèrement que le plus important pour les gens, pour les soldats, ce n’est pas la nourriture. C’est de savoir que quelqu’un fait encore attention à eux, que quelqu’un travaille à Kiev et dans d’autres villes d’Ukraine pour leur apporter tout cela. Qu’ils ne sont pas oubliés, qu’ils ne sont pas ici pour rien. 

Le lendemain matin aux aurores, la camionnette repart. Ivan a dormi à peine quelques heures, mais il tient à assurer quelques étapes de plus avant de rentrer à Kiev. La guerre du Donbass ressemblant de plus en plus à un conflit gelé, les soldats resteront probablement mobilisés pendant de longs mois. Alors Ivan et Elena savent déjà ce qu’ils ont à faire: retrouver de l’argent, recharger la camionnette, et repartir pour la ligne de front.

Ecouter le reportage ici

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