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RFI: Le Parlement, l’Histoire, la mémoire, et la subtilité

Séquence diffusée dans l’émission Accents d’Europe, le 14/04/2015

Le parlement ukrainien ne fait pas dans la subtilité quand il s’agit de la mémoire et de l’Histoire avec un grand H. Les dernières lois adoptées, la semaine dernière, par l’Assemblée font couler beaucoup d’encre, puisqu’elles interdisent tout acte d’apologie de l’ex-URSS et condamnent comme criminels les régimes totalitaires nazis et soviétiques. Dans le pays, les réactions sont vives. 

Tout est allé très vite. Le 3 avril, les écussons soviétiques ornés du marteau et de la faucille, qui étaient restés accrochés sur les grilles du Parlement ukrainien depuis l’indépendance du pays en 1991, sont enlevés. Ce que l’on aurait pu considérer comme une initiative isolée s’accompagne le même jour de la publication de quatre projets de lois. Ils sont adoptés le 9 avril à la va-vite, après des débats sommaires.

Lénine et sa vyshyvanka
Lénine et sa vyshyvanka

La première loi prévoit un accès public total aux archives soviétiques. Une autre condamne les régimes totalitaires nazis et soviétiques comme criminels, sans distinction aucune. La troisième accorde un statut spécial aux combattants pour l’indépendance de l’Ukraine au cours du 20ème siècle. Se retrouvent donc glorifiés des militants des droits de l’homme du groupe de Helsinki des années 1970, mais aussi des résistants nationalistes des années 1940, dont certains sont accusés d’avoir pris part à des massacres de Juifs et de Polonais. Pour chapeauter le tout, la dernière loi ordonne la démolition de l’ensemble des monuments soviétiques restants en Ukraine, le changement de nom des rues et places encore dédiées à des héros soviétiques, et criminalise toute utilisation de symboles communistes en public. Les commémorations des 70 ans de la défaite de l’Allemagne nazie auront bien lieu, le 9 mai prochain. Mais selon cette dernière loi, quiconque arborera un drapeau ou symbole soviétique sera passible de cinq ans de prison. Les défenseurs des lois se revendiquent radicaux, et parlent d’une dé-soviétisation nécessaire afin d’achever la transition démocratique de l’Ukraine. Iouriy Loutsenko est le chef du parti présidentiel, le Bloc de Petro Porochenko.

Iouriy Loutsenko: Ce projet de loi n’interdit pas les idéologies, car cela ne serait pas digne d’un pays démocratique. Ce projet de loi interdit les régimes totalitaires!

Les détracteurs dénoncent eux une dictature de la pensée, et un nouveau facteur de division dans un pays en proie à une guerre féroce. C’est le cas de nombreux groupes civiques, l’opposition politique issue de l’ancien régime corrompu de Victor Ianoukovitch, comme le député Dmytro Kolesnikoff.

Dmytro KolesnikoffLe gouvernement bouleverse la vie normale des Ukrainiens en se mettant à réécrire l’Histoire. Le bloc d’opposition continuera de défendre nos vétérans, car ce sont eux nos véritables héros. 

Hormis les controverses internes à l’Ukraine, ces lois mémorielles sont aussi à replacer dans la guerre de l’information qui fait rage depuis des mois. Pour les autorités et médias russes, ce sont vite devenues des armes redoutables.

Ecouter la séquence ici

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