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TDG: Heidi Tagliavini, « Dans la guerre du Donbass, la priorité, c’est le respect de l’accord de Minsk »

Article publié dans La Tribune de Genève, le 23/10/2014

Rencontre avec l’envoyée spéciale de Didier Burkhalter à Kiev, l’ambassadrice suisse Heidi Tagliavini.

Heidi Tagliavini
Heidi Tagliavini

La sérénité de sa retraite ne semble pas lui manquer. Le tailleur impeccable, et le maquillage raffiné, Heidi Tagliavini passe d’un coup de fil en allemand à un appel en russe, d’une négociation à une autre. «Nous n’avons pas le temps de même penser à nous reposer», s’exclame la diplomate suisse, polyglotte originaire de Bâle, assise pour quelques minutes dans son bureau du centre de Kiev. «J’ai passé la plus grand partie de mes 20 dernières années à être impliquée dans le règlement de contentieux dans la région. Cela m’est familier. Mais chaque situation est nouvelle, et les obstacles paraissent souvent insurmontables».

Dans le cas de la guerre du Donbass, tout reste à faire. «La priorité, c’est le respect de l’arrangement de Minsk, signé le 19 septembre. Arrêt complet des hostilités, fixation des positions tenues au moment de la signature de l’arrangement, retrait des armes lourdes, etc.» Près de 2 mois après l’instauration d’un cessez-le-feu, le 5 septembre, force est de constater que celui-ci est violé quotidiennement. Les échauffourées se font meurtrières, pour les soldats comme pour la population civile. De part et d’autre, les attaques sont en partie dues aux initiatives de groupes autonomes, défiants des autorités de Kiev, Donetsk ou Lougansk. «Ces groupes existent, mais les représentants de Donetsk et Lougansk qui ont signé le mémorandum de Minsk ont pris responsabilité pour toute la région. Nous attendons qu’ils fassent leur travail, ce qui ne semble pas très facile».

«Facilitatrice» politique

La diplomate est l’envoyée spéciale de Didier Burkhalter, président de la Confédération et de l’OSCE cette année, en tant que «facilitatrice» politique. Elle ne blâme aucun camp en particulier quant à la responsabilité des violations, et ne commente pas sur les allégations d’ONG, selon lesquelles les autorités ukrainiennes utilisent des armes à sous-munition, normalement interdites, contre leurs ennemis. «Je suis sûre que le gouvernement ukrainien va devoir réagir. Mais de toutes les manières, ce sont toutes les armes, conventionnelles ou non, qui doivent être retirées de la zone de conflit». Et d’insister: «Il faut réaliser que la zone est aussi grande que la moitié de la Suisse, et que les combats ne se poursuivent que sur quelques points stratégiques. L’arrangement est tenu».

Heidi Tagliavini ne le cache pas: elle est déterminée, obstinée, prête à faire face aux immanquables revers de fortune. «En un mot: optimiste». Elle s’estime ainsi confiante que la mission d’observation de l’OSCE verra, sous peu, ses effectifs augmentés et ses moyens techniques améliorés, «notamment avec les drones dont on parle depuis des mois». De même, la diplomate espère que la zone d’observation de la mission de l’OSCE, pour l’instant concentrée sur la «ligne de contact», c’est-à-dire la ligne de front, s’étendra à toute la région contrôlée aujourd’hui par les républiques populaires autoproclamées de Donetsk et de Lougansk. Y compris la frontière avec la Russie, malgré le refus ferme des autorités séparatistes d’y tolérer toute présence étrangère. «C’est dans les termes du protocole de Minsk, je considère donc que cela veut pour accord».

Drame humain

Sa grande inquiétude, c’est le drame humain qui se joue dans le Donbass, une région qu’Heidi Tagliavini connaissait bien avant le conflit. Loin des avertissements alarmistes d’une catastrophe humanitaire, elle évoque une «situation précaire, qui pénalise une population, qui paie plus d’une fois le prix de la guerre». Sans s’avancer sur les questions épineuses d’autonomie territoriale, de décentralisation ou de «fédéralisation», elle constate qu’il est «illusoire de parler de normalisation, de dialogue avec les gens de la région, tant qu’un cessez-le-feu stable ne vient pas leur garantir un semblant de vie normale». «Le gouvernement ukrainien est déterminé à continuer à payer les retraites, les salaires publics et l’organisation des élections. A condition que ce soit réalisé dans le cadre de la loi sur le statut spécial de la région», adopté le 16 septembre au Parlement ukrainien. «L’organisation des élections spéciales pour la région, prévues pour le 7 décembre, est une des conditions principales pour que cette loi soit effective».

Un espoir qui se heurterait de nouveaux aux déclarations à Donetsk et Lougansk, qui n’envisagent aucune élection ukrainienne sur leurs territoires, et préparent au contraire leur propre scrutin législatif pour le 2 novembre. La présidence suisse de l’OSCE se termine le 31 décembre. Nul doute que les préoccupations d’Heidi Tagliavini et ses collègues dureront plus longtemps que cela.

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