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RFI: Les débris du Boeing MH17 toujours là

Reportage diffusé dans l’émission Accents d’Europe, le 19/10/2014

3 mois après le crash du Boeing de la Malaysia Airlines dans l’est de l’Ukraine, des officiels néerlandais ont pu revenir sur place, cette semaine, pour tenter de récupérer les effets personnels de victimes. Ils ont pu constater que rien n’avait été fait depuis pour nettoyer la zone, au grand dam des habitants déjà confrontés aux combats entre les forces rebelles et l’armée ukrainienne. Des habitants qui se sentent totalement abandonnés, dans une indifférence générale.

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A la sortie du petit village de Hrabove, le paysage est toujours aussi apocalyptique. Eparpillés sur un champ entièrement calciné, des débris de machinerie, des morceaux de carlingue ou encore des roues indiquent encore précisément où se sont écrasés les réacteurs du Boeing MH17, ce 17 juillet en fin d’après-midi. Ce jour-là, Alekseï Mortensov et sa femme étaient dans le jardin de leur maison, à peine à une centaine de mètres de là.

Alekseï: On a d’abord entendu deux frappes, suivi d’un sifflement sourd. Nous avons levé la tête, pour voir l’avion entier tomber sur nous. « Bam ». A quelques dizaines de mètres, là-bas, ça a été un déluge de feu, les arbres, et tout. Très vite, les pompiers sont arrivés, et ils ont dit que c’était la Malaysia Airlines.

Après le ballet incessant de secouristes, de missions internationales et de journalistes, Alekseï n’a plus vu personne. La récente mission hollandaise,  sur place, s’est concentrée sur la récupération des effets personnels des passagers : les brosses à dents, les peluches, livres, valises qui étaient restés à même le sol, livrés aux intempéries, pendant près de trois mois. Mais pour ce qui est d’un nettoyage complet de la zone, il faudra attendre longtemps, comme le craint Alekseï Mortensov.

Alekseï: On a eu beaucoup de promesses. Mais personne n’a besoin de cet avion. Donc ça va rester ici pendant longtemps. C’est un territoire très grand, il est très difficile de tout nettoyer. Rien n’a été collecté pendant des jours. L’odeur était très forte, elle est restée pendant très longtemps.

Passée la foule des journalistes, observateurs internationaux et équipes de secours, les habitants se sont retrouvés tout seuls, à vivre en face des restes macabres de la tragédie. Dans le village voisin de Rozsypne, Nikolaï Kovaniy rentre chez lui à vélo, en passant machinalement devant le champ de tournesols où s’est écrasé le cockpit du Boeing.

Nikolaï: Evidemment, on est en état de choc. On a l’impression que tout le monde a oublié ces débris. Au début, cela avait fait tout un foin, beaucoup de monde était venu, des dizaines de correspondants… L’OSCE était arrivée en retard, mais ils sont venus souvent. Maintenant, c’est fini, les morts sont morts, et il ne se passe plus rien.

Et pourtant, tous les corps des victimes n’ont pas été retrouvés. Au 15 octobre,  272 des 298 passagers du Boeing ont été récupérés et identifiés. Dans de nombreux cas, les experts n’ont pu retrouver que des membres (bras ou jambes) mais pas tout le corps. Fin juillet, ce sont les forces rebelles qui ont été vivement critiquées pour avoir laissé en état la zone du crash, un traitement indigne.

Dans la ville de Torez, un commandant militaire séparatiste en charge de la zone, qui préfère conserver l’anonymat, se défend en expliquant qu’il a été impossible d’organiser une opération de grande ampleur.

Commandant: Cela n’aurait aucun sens de conduire des recherches méticuleuses, les chiens sauvages ont déjà tout dévoré. Et pour l’instant, il y a des combats sur la zone. Si les ukrainiens arrêtaient enfin de nous attaquer, ce serait possible d’enlever tous les débris. Mais pour l’instant c’est trop dangereux. En plus, la zone du crash est très étendue, on n’a pas pu tout récupérer en une fois. Comment pouvons nous être sûr que quelqu’un a volé quelque chose ou non ? En ce qui nous concerne, nous avions appréhendé un maraudeur, il avait pris des téléphones, des cartes SIM, de l’argent, nous l’avons remis au centre de commandement.
De nombreuses familles de victimes dénoncent plus d’un cas de pillage et de piratage de cartes de crédit, de téléphone et autres. De nombreux effets personnels manquent encore à l’appel, comme le démontrent des avis de recherche placardés ici et là, en coordination avec le ministère des affaires étrangères des Pays-Bas. Très probablement, un certain nombre d’objets ne sera jamais retrouvé. Dans ces conditions, toute perspective d’une enquête internationale sur les causes du drame est inimaginable.

Restent donc les habitants, sans aucun soutien, ni psychologique, ni économique. Dans le village de Rozsypne, Marina Bourkala est une de ces victimes oubliées.

Marina: Chez nous, un corps est tombé dans la maison, à travers la fenêtre. Beaucoup de monde est venu, beaucoup de commissions différentes. Mais nous avons du tout réparer nous-mêmes, acheter de nouvelles fenêtres en PVC, avec notre propre argent ! Et puis avec la guerre… On survit un jour, on survit une heure, merci beaucoup. Mais on ne sait juste pas ce qu’il va se passer la minute d’après.

A quelques kilomètres à peine, on peut apercevoir les colonnes de fumée qui montent vers le ciel. Si les combats s’approchaient de la ville de Rozsypne, toute perspective d’un nettoyage complet et digne de la zone serait anéanti. Et si ce n’est pas la guerre, ce sera l’hiver qui se chargera de faire disparaître les preuves de la tragédie pour toujours.

Ecouter le reportage ici

Journaliste et voyageur, je suis un Européen d'origine française et observateur insatiable de la composition, décomposition et recomposition du continent. Depuis 2011 en Ukraine, je suis en permanence sur les routes, afin de suivre les évolutions et révolutions qui secouent ce pays. L'occasion d'affiner mon regard sur les différences - et ressemblances - qui font cette autre Europe.

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