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Politique Internationale: Entretien avec Evguéni Chevtchouk, Président de Transnistrie

Entretien mené avec Damien Dubuc, publié dans la revue Politique Internationale, numéro de printemps 2014.

Evguéni Chevtchouk est le chef d’un État qui n’existe pas : la République moldave de Transnistrie (PMR) (1) qui a autoproclamé son indépendance en 1992 et se désespère, depuis, d’obtenir un jour la reconnaissance internationale. Pour l’heure, son régime fantoche n’est qu’un simple pion aux mains d’une Russie qui entend conserver toute son influence sur le territoire de l’ex-Union soviétique. L’élection en décembre 2011 de M. Chevtchouk avait pourtant été accueillie comme la promesse d’un règlement du conflit qui oppose depuis 23 ans la Moldavie à sa région séparatiste. Le jeune politicien, Ukrainien ethnique aujourd’hui âgé de 45 ans, s’affichait alors comme un réformateur libéral favorable à un dialogue constructif avec l’UE et les autorités de Chisinau. Deux ans et demi plus tard, les négociations n’ont débouché sur aucune avancée concrète et durable (2). Et Evguéni Chevtchouk envisage désormais l’avenir de son pays au sein de la Fédération russe. Ce raidissement tient en grande partie à l’Accord d’association avec l’UE que la Moldavie a paraphé fin novembre 2013. Un événement majeur qui entérine la marginalisation de la Transnistrie, région historiquement tournée vers l’Est.

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Se prévalant des résultats d’un référendum, tenu en septembre 2006, où selon les résultats officiels 97,2 % des électeurs avaient soutenu l’idée d’un rattachement à la Russie, Evguéni Chevtchouk a déposé, le 5 décembre 2013, un projet de loi destiné à introduire la législation fédérale russe sur le territoire de la Transnistrie. L’intégration éclair de la péninsule de Crimée à la Fédération de Russie a ravi les dirigeants de la PMR : ils espèrent être « les suivants sur la liste ». Une perspective que Moscou n’a jusqu’à présent ni validée ni rejetée…

La Transnistrie est le théâtre de l’un des derniers conflits gelés d’Europe, hérité de la dislocation de l’URSS. En avril 2013, 508 500 habitants (3) vivaient sur cette langue de terre de 4 100 km² coincée entre l’Ukraine et la Moldavie, et principalement située sur la rive gauche du fleuve Dniestr. Les Moldaves y forment la première communauté nationale, devant les Russes et les Ukrainiens (4). Il n’empêche : la plus grande partie des habitants se revendiquent Transnistriens et réclament la reconnaissance de leur pays, qui dispose de tous les attributs d’un État indépendant – institutions, armée, monnaie, timbres-poste. Pour autant, aucun État, pas même la Russie, ne reconnaît la PMR. Seules l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud, républiques séparatistes de Géorgie, elles aussi soutenues par Moscou, ont une représentation officielle à Tiraspol, capitale de la Transnistrie. Ces trois États sont parfois désignés par le sobriquet « CEI » pour « Communauté des États inexistants ». Une situation problématique que l’Histoire ne justifie pas, mais explique.

Après avoir appartenu à l’Empire russe puis à la République socialiste soviétique d’Ukraine dans le cadre de l’URSS, la Transnistrie a été incorporée par Staline à la République socialiste soviétique de Moldavie en 1946. Au cours des décennies suivantes, à la différence du reste de la République moldave, ancienne région de la Roumanie, elle a été massivement peuplée de populations russophones venues d’autres régions d’URSS. En 1990, avant même la dissolution de l’URSS, la Transnistrie, sous la conduite énergique d’Igor Smirnov, élu dans la foulée président de son Soviet suprême (5), déclare son indépendance. S’ensuit, en 1992, une guerre violente contre la Moldavie qui entraîne l’intervention directe de la Russie aux côtés de la PMR. Au terme du conflit, qui s’est soldé par plusieurs milliers de morts, la Transnistrie gagne une indépendance de facto, sous protection russe. La situation s’enlise (6).

L’Accord d’association paraphé entre la Moldavie et l’UE fin 2013 vient remettre en cause le statu quo. Il traduit l’échec de la stratégie russe : la menace de la perte définitive de la Transnistrie était censée dissuader les velléités européennes de Chisinau. Et pousser, au contraire, la Moldavie à rejoindre l’Union douanière que la Russie forme avec le Kazakhstan et le Bélarus. Le vice-premier ministre russe Dmitri Rogozine n’avait ainsi pas manqué de menacer : « Le train de la Moldavie vers l’Europe perdra ses wagons en Transnistrie. » Le chantage n’a pas fonctionné (7). Mais rien n’est réglé pour autant : officiellement, la Moldavie n’est pas prête à lâcher la PMR. Surtout pas au moment où une autre région autonome, la Gagaouzie, vote elle aussi pour un rapprochement avec la Russie (8).

L’Accord d’association place également la PMR dans une position ambiguë. D’un côté, il acte un peu plus les différences d’orientation géopolitique entre Chisinau et Tiraspol, ce qui donne du crédit au « divorce » défendu par Evguéni Chevtchouk. De l’autre, il fait peser un immense danger sur l’économie de la Transnistrie (9) : une fois qu’il sera entré en vigueur, les entreprises transnistriennes ne pourront plus profiter des tarifs douaniers préférentiels que l’UE accordait depuis des années à la Moldavie dans son ensemble, Transnistrie incluse. Une catastrophe pour la PMR qui, loin d’être repliée sur elle-même, s’est largement tournée vers l’exportation depuis une vague de privatisations survenue au début des années 2000. Les quatre géants industriels transnistriens – JSC Moldova Steel Works (métallurgie), Tirotex (l’un des plus importants fabricants de textile d’Europe), Ribnita Cement Plant (cimenterie) et Moldavskaya GRES Power Plant (qui assure 50 % de l’approvisionnement en énergie de la Moldavie) – exportent 95 % de leur production. Au total, les exportations pèsent environ 70 % du PIB en 2012. Or, d’après les douanes moldaves (10), l’UE absorbe près de la moitié des exportations transnistriennes (l’autre moitié étant vendue aux membres de la Communauté des États indépendants). Le risque est également social : si la PMR ne dispose plus que des revenus de ses taxes – ce qui se produira une fois l’Accord d’association Moldavie-UE entré en vigueur -, les pensions et les salaires en Transnistrie seront probablement divisés par deux. Conséquence : plus que jamais, la Transnistrie a besoin de l’aide de la Russie.

Moscou maintient plus d’un millier de soldats dans une «  zone de sécurité  » qui longe le fleuve Dniestr, sous couvert d’une force de maintien de la paix. La Russie est la première source d’investissements directs étrangers. Elle fournit également à sa petite protégée de l’aide humanitaire et alloue un complément d’environ 10 euros à chaque retraité – un complément vital dans la mesure où les retraités comptent pour près d’un tiers de la population et sont, de l’aveu même des autorités, plus nombreux que les actifs. Plus fondamental encore, Gazprom expédie son gaz naturel à la Moldavie à travers le territoire de la Transnistrie. Cette dernière en conserve une partie… sans jamais recevoir la note, qui s’élèverait aujourd’hui, plus de vingt ans après la guerre de 1992, à un total de 4 ou 5 milliards de dollars. Une dette dont Moscou exigerait le règlement par la Moldavie si d’aventure celle-ci réintégrait la Transnistrie dans son giron. Un moyen de pression efficace sur le pays le plus pauvre d’Europe…

La mainmise de la Russie sur la PMR explique que les orientations politiques d’Evguéni Chevtchouk ne soient finalement guère différentes de celles de son prédécesseur, l’autoritaire Igor Smirnov, au pouvoir sans interruption de 1991 à 2011. Force est de constater, également, que les promesses de réformes internes du candidat Chevtchouk n’ont guère été tenues. Il avait axé sa campagne sur la lutte contre le népotisme et la corruption et s’était fait le défenseur d’une plus grande liberté de parole dans un pays où les médias sont à la botte du pouvoir. Il était alors crédible. En 2005, leader du parti d’opposition Renouveau, il avait proposé une réforme du code électoral saluée par l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe. En 2009 et 2010, il s’était opposé à Igor Smirnov au sujet d’une réforme de la Constitution qui aurait encore accru les pouvoirs du président en exercice. Pendant la campagne, enfin, il s’était rangé du côté des blogs et des forums qui critiquaient les dirigeants en place. Mais une fois élu, il n’a pas tardé à se retourner contre eux : certains ont fait l’objet d’attaques informatiques, d’autres ne sont tout simplement plus accessibles à partir de la République autoproclamée. La presse a été remise au pas (11) et les principaux opposants politiques ont préféré l’exil après avoir reçu des menaces des services de sécurité. Plus généralement, les institutions européennes, l’ONU et les ONG internationales n’ont pas noté de progrès significatifs en matière de droits de l’homme ou de libertés civiques (12).

Les récents événements en Ukraine ont braqué les projecteurs sur la Transnistrie. Le 26 mars, les forces armées russes stationnées sur son territoire se sont livrées à des exercices militaires de grande ampleur. Nul doute que, dans le cas d’un conflit régional, la PMR – qui partage, faut-il le rappeler, une frontière de plusieurs centaines de kilomètres de long avec l’ouest de l’Ukraine – serait une carte maîtresse de la stratégie russe. C’est dans ce contexte tendu que le président Chevtchouk a confié à Politique Internationale sa vision de l’avenir et ses priorités stratégiques.

Sébastien Gobert et Damien Dubuc – Monsieur le Président, vous revendiquez l’indépendance de la Transnistrie et souhaitez intégrer la Fédération de Russie. La République autonome de Crimée – officiellement partie intégrante de la république d’Ukraine – vient d’acter son rattachement à la Fédération de Russie par le référendum du 16 mars 2014. Est-ce le chemin à suivre pour la PMR ?

Evguéni Chevtchouk – Nous avons accueilli avec beaucoup d’enthousiasme l’annonce de la signature du décret « Sur la reconnaissance de la république de Crimée » et, plus généralement, tout ce que Vladimir Poutine a fait pour intégrer deux nouveaux sujets – la Crimée et la ville de Sébastopol – à la Fédération de Russie. Le retour de la Crimée à la Russie est une décision juste qui repose sur la volonté du peuple de Crimée et de tous les Russes. Le droit des peuples à l’autodétermination doit être un principe fondamental des relations internationales. Ce droit doit être respecté si l’on souhaite instaurer un ordre mondial juste et sûr. Et c’est exactement ce qui vient de se passer en Crimée. En cette période de tension, il faut saluer l’assistance que la Fédération de Russie a apportée à ce peuple qui souhaitait la rejoindre. Sur le territoire de la péninsule, son action a été déterminante pour garantir la paix et la stabilité et pour empêcher toute escalade de la violence.
La Transnistrie se trouve, évidemment, dans une situation très comparable. Je suis extrêmement satisfait de constater que les résultats du référendum en Crimée coïncident avec ceux du scrutin du 17 septembre 2006 en Transnistrie. Cette similitude est, à mes yeux, un signe que le monde russe est en train de renaître et que le désir d’unité des Russes ne peut pas être arrêté ! La décision des Criméens et des Transnistriens de rejoindre la Fédération de Russie est justifiée historiquement et correspond aux aspirations de nos peuples. Je le répète : la volonté populaire doit être au coeur de la démocratie et de l’État de droit.

S. G. et D. D. – Il n’en demeure pas moins que la Fédération de Russie n’a jamais répondu de manière positive – ni négative, d’ailleurs – aux résultats du référendum que la Transnistrie a organisé en 2006. Alors que, à l’inverse, Moscou a accepté l’adhésion de la Crimée en un clin d’oeil… Les citoyens russes – et le gouvernement russe – sont-ils déterminés à vous accueillir ?

E. C. – Adhérer à la Fédération est notre objectif ultime, mais il est prématuré d’en discuter ; il faut déjà commencer par régler le conflit avec la Moldavie.

S. G. et D. D. – Selon vous, la Moldavie est-elle prête à accepter la séparation ?

E. C. – Voilà vingt-trois ans, depuis la déclaration d’indépendance de la PMR, que la question de la reconnaissance internationale de la Transnistrie est gelée. Mais je crois sincèrement que nous sommes arrivés à une étape historique de la séparation et qu’il ne reste plus qu’à prendre une décision définitive. Pourquoi ? Parce que les deux pays ont des visions radicalement divergentes de leur avenir. La Moldavie vient de parapher un accord d’association avec l’Union européenne. Quant à nous, nous aspirons à obtenir l’indépendance puis à intégrer la Fédération de Russie. Vous le voyez : la Moldavie et la Transnistrie empruntent des directions tout à fait opposées, c’est le moins qu’on puisse dire ! C’est pourquoi je propose ce que j’appelle un « divorce civilisé », comparable à celui de la Slovaquie et de la République tchèque : une séparation sans guerre ni violence.
Ce divorce civilisé serait une excellente solution pour résoudre le conflit qui nous oppose à Chisinau. C’est ce que souhaitent les citoyens de la Transnistrie. Et je suis sûr que, tôt ou tard, un dirigeant moldave courageux comprendra la nécessité de ce divorce civilisé. À ce moment-là, nous pourrons commencer à construire notre relation avec Chisinau comme une relation normale de bon voisinage.

S. G. et D. D. – Vous parlez de « bon voisinage ». Pourtant, à la veille du paraphe de l’Accord d’association entre la Moldavie et l’UE, vous-même et Dmitri Rogozine – vice-premier ministre russe et envoyé spécial de Vladimir Poutine pour la Transnistrie – avez brandi la menace d’une déstabilisation de la région. M. Rogozine avait averti Chisinau que son choix européen mènerait la Moldavie à la « perte définitive » de la Transnistrie. Ces déclarations musclées ne contredisent-elles pas les propos mesurés que vous tenez à présent ?

E. C. – Je dois commencer par une précision. Parmi ses nombreuses fonctions, Dmitri Rogozine a la charge de s’assurer de la sécurité et du bien-être des citoyens russes qui vivent sur notre territoire. Or chacun peut constater que la Transnistrie est régulièrement victime de pressions moldaves, notamment dans le domaine économique. Ces mesures ont causé une détérioration de notre niveau de vie. Les Russes résidant ici en ont évidemment été affectés. C’est pourquoi M. Rogozine est particulièrement attentif à toutes les décisions unilatérales prises par Chisinau qui pourraient avoir des conséquences néfastes pour la PMR.
Je tiens également à souligner que la position de la Russie satisfait pleinement aux exigences internationales. Peu nous importe que les gens à Chisinau préfèrent Bucarest ou Bruxelles : nous avons tous des affinités différentes et il faut les respecter. Mais nous ne pouvons pas nous résoudre à une solution forcée. Or c’est ce qui se passe actuellement avec le paraphe, par Chisinau, de l’Accord d’association. C’est comme si les Moldaves nous disaient : « Si vous n’acceptez pas nos choix politiques, vos transports ne fonctionneront plus, vos cargos de marchandises n’arriveront plus à destination, vos exportations ne pourront plus quitter votre pays, vos banques devront fermer, etc. »

S. G. et D. D. – L’Accord d’association entre la Moldavie et l’UE, loin d’acter le divorce que vous appelez de vos voeux, va donc compliquer la résolution du conflit ?

E. C. – Les experts russes font cette analyse, que nous partageons : après la mise en oeuvre de l’Accord d’association entre la Moldavie et l’UE, la situation de la PMR, et en particulier la situation économique de ses entreprises, va empirer. Toutes les économies du monde ont besoin d’une certaine transparence pour savoir dans quelle direction s’orienter. Mais avec cet Accord d’association, nous n’avons aucune idée de ce que seront les futures règles économiques pour la Transnistrie ! Nous avons bien reçu des propositions concernant une sorte de période transitoire pour l’économie. Mais une période de un an ou deux, ce n’est pas suffisant pour que nos entreprises puissent développer des perspectives stratégiques.

S. G. et D. D. – Le 10 juin 2013, vous avez fait passer un décret, avalisé ensuite par le Soviet suprême (le Parlement de la Transnistrie), qui redéfinissait le tracé de la frontière en faveur de la PMR. Or ce tracé inclut des villages sous administration moldave. N’êtes-vous pas vous-même une source de tensions ?

E. C. – Vous avez sans doute noté qu’il n’y a eu, jusqu’à présent, aucun changement majeur dans la zone de sécurité. En revanche, la Moldavie a, de son côté, entrepris des actions unilatérales pour renforcer ses infrastructures à la frontière. Elle a été la première à mettre en place des groupes mobiles de contrôle le long de cette frontière. Les Moldaves expliquent qu’il s’agit de l’application d’une exigence de l’UE pour signer l’Accord d’association. On peut appeler ces postes comme on veut : les Moldaves les qualifient de « postes migratoires ». On peut également justifier de telles initiatives comme on veut. Mais si ces structures remplissent des fonctions de contrôle des frontières, alors ce sont des frontières d’État à part entière ! Or la mise en place de frontières étatiques est l’une des composantes d’un divorce civilisé, même si les Moldaves ne l’admettent pas.
Quand j’ai signé ce décret, la panique s’est emparée des médias moldaves. Mais selon moi, c’était un écran de fumée destiné à permettre au gouvernement de dissimuler ses propres initiatives de renforcement de la frontière. Et il faut être bien clair sur un point : les incidents à répétition qui ont eu lieu dans la zone de sécurité ont tous été provoqués par des agents moldaves. Un exemple parmi d’autres : un jour, des soldats moldaves sont arrivés en voiture à un poste-frontière, ont garé leur véhicule au beau milieu de la route, côté moldave, et s’en sont allés. Le poste-frontière a été bloqué pendant des heures. Vous imaginez la retenue dont nos gardes-frontières ont dû faire preuve pour ne pas utiliser la force et dégager le véhicule ! Certes, il ne faut pas céder aux provocations ; mais nous devons aussi nous assurer que notre frontière n’est pas bloquée. La Transnistrie a beau être un petit pays, il lui reste assez de forces pour débloquer ses postes-frontières si besoin est. Et si nous ne sommes pas reconnus sur la scène internationale… cela ne veut pas dire que nous n’existons pas !

S. G. et D. D. – Comment interprétez-vous la position de l’UE sur le conflit qui vous oppose à la Moldavie ?

E. C. – Je ne comprends pas que l’UE ait choisi le camp de Chisinau, c’est-à-dire le camp qui incite au conflit. De nombreux documents ont été signés pendant les négociations organisées depuis plus de vingt ans. Certains stipulent que Chisinau ne peut pas adopter des décisions qui affectent les intérêts de la Transnistrie, ou qui risquent de déstabiliser la région, sans prendre en compte notre opinion. Selon le Mémorandum de 1997 signé par la Russie, l’Ukraine, la Moldavie et la PMR, la Moldavie a l’obligation d’inclure les représentants de Transnistrie dans tous les pourparlers internationaux dès lors que les intérêts des Transnistriens sont en jeu. Si Chisinau appliquait cette approche, nous n’aurions aucun désaccord ! Mais en signant l’Accord d’association et en instaurant une zone de libre-échange entre l’UE et la Moldavie, les dirigeants moldaves et européens ont pris des décisions très importantes qui auront un impact direct sur toute la vie économique de la région, sans prendre en compte les accords de ces 23 dernières années. De deux choses l’une : soit Chisinau ne comprend pas la situation, soit elle souhaite expressément une déstabilisation, avec la bénédiction de l’UE.

S. G. et D. D. – Qu’allez-vous faire à présent que la Moldavie et l’UE ont entériné leur rapprochement ?

E. C. – Si nous décelons des signes d’agression contre la Transnistrie qui viseraient à réduire notre potentiel économique, à fermer nos entreprises, à détruire nos emplois et ainsi de suite, alors nous sommes prêts à rompre les négociations. Pourquoi continuerions-nous à négocier avec un partenaire belliqueux ? Dans l’histoire récente, la Moldavie a tenté d’atteindre ses buts de différentes façons. D’abord, en nous faisant la guerre. Puis en multipliant les pressions économiques. Nous ne voulons plus de violence et de confrontation. Bien sûr, si Chisinau, l’UE ou d’autres pays ont recours à la force, ils peuvent envahir, voire anéantir la Transnistrie. Mais ce n’est pas une solution viable sur le long terme. Une solution de long terme doit nécessairement être juste, fondée sur la volonté des populations qui vivent ici. Ce que Chisinau n’a jamais fait ! J’espère que l’UE finira par le comprendre et modifiera sa position.
Dans le cadre de l’Accord d’association, nous avions demandé à être considérés dans un protocole distinct. Cela aurait même pu être un protocole temporaire. Cette tentative n’a pas abouti, mais j’espère que nous trouverons d’autres voies.

S. G. et D. D. – Estimez-vous avoir fait suffisamment d’efforts depuis votre arrivée au pouvoir pour parvenir au règlement du conflit ?

E. C. – Pendant ces deux années, la PMR n’a pas été une forteresse repliée sur elle-même, inaccessible aux personnes de l’extérieur. Nous avons exprimé notre volonté de travailler avec Chisinau, selon la stratégie des petits pas. Nous avons fait dix fois plus de propositions que Chisinau ! Mais nous ne voulons pas attendre que des décisions soient prises. Nous devons nous efforcer d’assurer une vie normale à nos citoyens dès maintenant. Au cours de ces deux années, nous avons aboli la taxe de 100 % qui frappait les importations de produits moldaves. Nous avons autorisé la diffusion de deux chaînes de télévision moldaves pendant un an (13). Nous avons également relâché plusieurs policiers moldaves qui étaient détenus dans les prisons de la PMR pour des crimes et délits de droit commun.
Notre stratégie est l’ouverture au dialogue afin de protéger les intérêts des Transnistriens – mais, aussi, des Moldaves. Mais quel a été le seul résultat tangible de toutes nos mains tendues ? La réouverture de la ligne ferroviaire Odessa-Tiraspol-Chisinau. Aucune autre initiative n’a abouti !

S. G. et D. D. – Depuis la guerre de 1992, la Fédération de Russie soutient la PMR à bout de bras, notamment à travers des investissements directs, l’envoi d’aide humanitaire et un approvisionnement gratuit en gaz naturel. De nombreux experts semblent convaincus que la Transnistrie ne pourrait survivre plus de deux ou trois mois sans le soutien de la Russie. Bien plus que le conflit qui vous oppose à la Moldavie, cette dépendance économique n’est-elle pas un obstacle majeur à votre indépendance politique ?

E. C. – La Russie est garante de la stabilité non seulement politique mais aussi sociale de la Transnistrie. Aucun État qui se respecte ne peut accepter que ses citoyens vivent dans la pauvreté, qu’ils n’aient pas accès à des services médicaux et d’éducation. En outre – nous en avons parlé -, de nombreux citoyens russes vivent ici. Il est normal que la Russie en prenne soin.
Je crois que sans les livraisons russes de gaz, nous souffririons effectivement beaucoup plus et notre situation empirerait sérieusement. Mais la Transnistrie pourrait exister économiquement de manière indépendante après certains ajustements, dès lors que nous ne ferions pas l’objet d’un blocage économique comme c’est le cas actuellement du fait de notre non-reconnaissance, que notre système de transport continuerait de fonctionner correctement, etc. Notre potentiel économique, notamment industriel, est supérieur à celui de la Moldavie. Nous devons réaliser des investissements importants, mais nous manquons de ressources pour ce faire.

S. G. et D. D. – Il semble clair que la Russie utilise la Transnistrie pour promouvoir ses propres intérêts dans la région et pour freiner l’intégration européenne de la Moldavie. N’avez-vous pas l’impression que la PMR est instrumentalisée par Moscou ?

E. C. – Je ne pense pas que la Transnistrie ait jamais été un instrument aux mains de la Russie. Nous sommes un État à part entière avec notre propre politique, intérieure et extérieure. Nous sommes un État démocratique, avec des élections libres. Je vous rappelle que lors de la dernière élection présidentielle, en 2011, plusieurs candidats se sont présentés. Ces élections se sont déroulées selon des standards démocratiques élevés. La Russie soutenait un autre candidat que moi, mais les électeurs ont pris leur décision en toute indépendance. Ils ont choisi le président et la voie de développement de leur souhait. Les diverses accusations visant la Russie ne sont que des provocations destinées à détourner l’attention des vrais problèmes. Si vous ne me croyez pas, sortez donc dans la rue et demandez aux gens s’ils préfèrent Chisinau ou Moscou. Vous verrez qu’il n’y a pas de soldats dans leur dos qui contrôlent leur réponse ! Et vous constaterez que, dans leur grande majorité, ils aspirent à se diriger vers l’Est et non vers l’Ouest.

S. G. et D. D. – Vous venez de dire que la Transnistrie dispose d’un potentiel économique supérieur à celui de la Moldavie. Comment mieux mettre ce potentiel en valeur ?

E. C. – Au cours des deux dernières années, nous avons reçu plusieurs signaux encourageants pour notre économie. Les taux d’intérêt sont bas et notre monnaie, le rouble transnistrien, est stable. En 2012, les recettes fiscales de l’État ont été de 16 à 17 % supérieures à celles de 2011. Bien sûr, ces améliorations ne suffisent pas à stabiliser toute l’économie. Nous souffrons d’une instabilité chronique en raison, en tout premier lieu, du manque d’accès aux marchés internationaux. Sans oublier l’impact de la crise mondiale…
Le manque de reconnaissance de notre État provoque des dysfonctionnements importants pour notre économie. Bon nombre de nos entreprises sont modernes et compétitives. Mais nous en avons trop peu, et nous aimerions encourager le développement des industries reposant sur les nouvelles technologies. Ces perspectives sont compliquées par des facteurs extérieurs : nos marchandises exportées doivent subir un double dédouanement, ici et en Moldavie ; elles sont également soumises à deux législations de régulation économique. Comme je vous l’ai dit, la PMR a des atouts certains mais, pour les exploiter, il nous faut une impulsion venue de l’extérieur : notre reconnaissance internationale. Cela devient pressant : une grande quantité de jeunes quittent la Transnistrie et ceux qui ont besoin du soutien de l’État – les retraités et les pensionnés – sont plus nombreux que les travailleurs actifs.

S. G. et D. D. – En effet, on estime que plus d’un tiers des habitants de la PMR ont émigré – notamment vers la Moldavie, la Russie et l’Union européenne – au cours des deux dernières décennies. Mais un certain nombre d’économistes affirment que ce phénomène agit aussi comme une soupape de sécurité, étant donné qu’il n’y aurait pas assez d’emplois pour tout le monde. Comment ce phénomène se traduit-il dans votre politique économique ?

E. C. – Quand des gens quittent leur pays d’origine pour aller vivre ailleurs, ce n’est en aucun cas un phénomène positif. Nous comprenons que cette tendance s’inscrit dans un contexte global propice à la migration : on sait qu’il y a 200 millions de personnes qui circulent à travers le monde, à la recherche d’emplois et de meilleures conditions de vie. Il n’en demeure pas moins que notre but est de parvenir à une situation où les Transnistriens n’auront plus besoin de partir et souhaiteront même revenir car ils sauront qu’ils retrouveront en rentrant de bonnes conditions de vie, de bons emplois, une bonne éducation, de bons services médicaux. Encore une fois, ce sont des conditions que l’on peut obtenir à travers la reconnaissance de notre État.

S. G. et D. D. – À Chisinau, nous avons rencontré un certain nombre de citoyens de Transnistrie qui ont émigré. Ceux-ci confessent ne pas vouloir vivre en Transnistrie, mais pas seulement à cause de questions économiques ou diplomatiques. Ils fuient aussi les violations des droits de l’homme, les abus policiers et la corruption. Vous êtes arrivé au pouvoir en tant que réformateur libéral. Qu’avez-vous fait depuis deux ans pour remédier à ces problèmes de fond de la société transnistrienne ?

E. C. – Sur ces questions, la PMR est ouverte au monde extérieur. Ces deux dernières années, nous avons autorisé l’envoyé spécial de l’ONU, le diplomate suédois Thomas Hammarberg, à venir ici pour étudier la situation. Il a pu visiter toutes les prisons de son choix et rencontrer qui il voulait, qu’il s’agisse de détenus ou de personnes en cours de jugement. Il a publié ses recommandations. Nous en avons tiré un plan d’action qui a été avalisé par un décret présidentiel. Nous travaillons maintenant à son application. Je tiens à souligner que M. Hammarberg lui-même a reconnu que 80 % des problèmes que nous rencontrons dans le domaine des droits de l’homme sont liés à nos difficultés économiques et financières. La plupart de nos prisons (14) ont été construites avant 1933, il faut de l’argent pour les moderniser. Ce n’est pas un problème de volonté politique, mais bien de manque de ressources.
Soit dit en passant, pour certaines personnes, les accusations liées aux violations de droits de l’homme suivent une sorte d’effet de mode. L’ambassadeur des États-Unis a exprimé des inquiétudes sur la situation des droits de l’homme dans notre pays. Nous lui avons demandé des détails sur des cas concrets. Je vous dis exactement la même chose. Indiquez-nous un cas qui vous inquiète et nous étudierons la situation de près.
Je tiens aussi à préciser que nous affichons de très bons résultats en termes de sécurité et d’efficacité du système judiciaire. À Chisinau, la criminalité a augmenté de 15-20 % depuis l’année dernière. À Tiraspol, à l’inverse, elle a baissé de 10-15 % ! Quant aux meurtres et autres assassinats, 95 % d’entre eux sont sanctionnés. Qui dit mieux ?

S. G. et D. D. – Une dernière question : qui, selon vous, vous comprend le mieux en Europe ?

E. C. – Les progressistes. C’est donc un gouvernement composé de dirigeants progressistes qui est le plus à même de reconnaître la Transnistrie. En attendant, je déplore que, au cours de l’histoire récente, l’Europe ait pratiqué le « deux poids, deux mesures » selon les situations. Pour ne citer qu’un exemple, le Kosovo a été reconnu par une bonne partie des pays de l’UE. Or nous, nous n’avons été reconnus par personne. Cela ne me semble pas juste. Le droit international reconnaît à tous les peuples le droit de disposer d’eux-mêmes. Pourquoi en irait-il différemment pour nous ?

(1) Si le nom officiel que les autorités de Tiraspol ont donné à leur « pays » est « République moldave de Transnistrie », les dirigeants emploient fréquemment, surtout à l’oral, le nom « Pridnestrovie », soit, littéralement, en russe, « Région située près du Dniestr ». Les autorités moldaves reconnaissent, elles, une « Unité territoriale autonome de la rive gauche du Dniestr » qui correspond peu ou prou à ce même territoire – les différences ayant trait à certains litiges sur la « frontière » (terme employé à Tiraspol) ou « ligne administrative de démarcation » (formule utilisée à Chisinau).
(2) Après plus de cinq années d’interruption, les négociations ont repris en décembre 2011. Depuis, les contacts entre les autorités de Tiraspol et celles de Chisinau sont même assez fréquents. D’ailleurs, ni la signature par la Moldavie d’un accord d’association avec l’UE ni les événements en cours en Ukraine n’ont empêché de nouvelles rencontres entre Nina Shtanski, la ministre des Affaires étrangères de la PMR, et Eugen Carpov, le vice-premier ministre moldave en charge de la Réintégration territoriale. La dernière en date a eu lieu le 19 février 2014 dans les locaux de l’OSCE à Chisinau. Toutefois, contrairement aux premières années du conflit, les discussions ne portent pas sur un accord global ou sur le futur statut de la Transnistrie. Les sujets abordés concernent plutôt le commerce, l’environnement, les différends frontaliers ou encore les écoles. L’objectif de cette « stratégie des petits pas » consiste à maintenir le dialogue et à faciliter la vie quotidienne des habitants des deux parties en favorisant la liberté de circulation des personnes comme des biens. Les résultats restent cependant bien maigres.
(3) Selon les chiffres du service statistique de Transnistrie, cités par le Center for Eastern Studies (OSW). Ils étaient environ 750 000 en 1991 et encore 555 000 lors du recensement de 2004, le dernier en date. Il semble que le prochain recensement, initialement prévu pour 2014, n’aura pas lieu avant 2015, voire 2016.
(4) D’après les chiffres du recensement de 2004, les Moldaves représentaient 32,1 % de la population, les Russes 30,35 % et les Ukrainiens 28,81 %.
(5) Igor Smirnov sera élu président de la PMR en 1991, puis réélu jusqu’en 2011.
(6) Le conflit fait l’objet d’une médiation internationale depuis 1992 sous l’égide de l’OSCE, avec la présence de la Russie, de l’Ukraine et de la Moldavie. La Transnistrie est reconnue comme une partie négociatrice à part entière, aux côtés de ces mêmes pays. Depuis octobre 2005, l’Union européenne et les États-Unis sont également invités à participer en tant qu’observateurs. Dans les années 1990, un compromis semble pouvoir être trouvé : l’OSCE s’efforce de négocier une résolution pacifique du conflit consolidant la souveraineté de la Moldavie tout en trouvant un statut spécial pour la Transnistrie. Une position qui convient à Moscou. En 1997, Evgueni Primakov, alors premier ministre russe, propose de fédérer les deux entités. Sans succès. Ce modèle fut malgré tout de nouveau proposé en 2003 par Dmitri Kozak, alors chef adjoint de l’administration présidentielle russe et envoyé spécial de Vladimir Poutine. La signature prévue a échoué au dernier moment, après un changement d’avis in extremis du président moldave Vladimir Voronine en novembre 2003, au motif que la Moldavie ne pouvait tolérer le maintien de soldats étrangers sur son territoire, comme il était prévu dans le plan. Pas plus de succès les années suivantes pour le plan Iouchtchenko – du nom du président ukrainien issu de la « Révolution orange » de décembre 2004 – qui prévoyait un statut d’autonomie pour l’entité séparatiste, l’internationalisation des troupes de maintien de la paix et la démocratisation du régime transnistrien. Consciente de l’absence de négociations réelles sur le terrain, l’UE s’active aussi. Le bâton d’abord : en février 2003, une liste de 17 dirigeants transnistriens (dont le président) interdits de visas est dressée. Puis la carotte : la mission EUBAM (European Union Border Assistance Mission) est initiée en 2005. Objectif : renforcer la surveillance à la frontière entre la Transnistrie et l’Ukraine pour inciter les milieux économiques de la PMR à se rapprocher de l’Europe, un marché vers lequel ils se tournent de plus en plus. Cette stratégie consistant à rendre le statu quo dans la province de moins en moins confortable, voire intenable, a pu détourner certains milieux d’affaires de l’intransigeant président Smirnov. Sans contribuer à véritablement changer le rapport de force. Le référendum d’autodétermination organisé en 2006 par Tiraspol marque la fin des espoirs. Une très large majorité des habitants de la PMR se prononce pour le rattachement à la Russie. Plus aucune réunion de haut rang ne se tiendra jusqu’en 2011. Cette année-là, l’arrivée au pouvoir d’Evgueni Chevtchouk, supposé plus conciliant, va permettre un rapprochement qui était dans les tuyaux depuis quelques mois (les sanctions de l’UE sont suspendues en septembre 2010). L’OSCE juge la première rencontre, en décembre, constructive. Le dialogue reprend, l’espoir renaît. Mais, sur le fond, rien n’est réglé et de nouveaux points de désaccord naissent avant chaque nouvelle session. Que ce soit la question du sort des écoles roumanophones en PMR, l’installation de nouveaux postes-frontières ou l’accès aux terres agricoles, tous les prétextes sont bons. Le fil n’est toutefois pas rompu – même si aucune rencontre au plus haut niveau (entre Evgueni Chevtchouk et Iurie Leanca, le premier ministre moldave) n’a pu se tenir jusqu’ici, faute de points d’accord suffisants.
(7) L’accord n’est toutefois pas encore signé et la suite des événements en Ukraine pourrait peser sur la détermination de Chisinau à tourner le dos à la Russie.
(8) Le 2 février, une écrasante majorité (plus de 95 %) des Gagaouzes ont répondu « oui » aux deux questions posées par les autorités de cette région autonome du sud de la Moldavie : « Désirez-vous que la Gagaouzie rejoigne l’Union douanière Russie-Biélorussie-Kazakhstan ? » et « Êtes-vous pour l’autodétermination de la Gagaouzie dans le cas où la Moldavie perdrait son indépendance (et se réunifierait avec la Roumanie) ? » Ce scrutin n’a pas été reconnu par le pouvoir central et n’a aucune valeur légale.
(9) Le parc industriel produisait 40 % du PIB de la Moldavie soviétique. Sous-entretenu, vieillissant et pénalisé par un manque d’investissements, il a depuis largement périclité. Toutefois, quelques grosses entreprises surnagent et ont réussi à trouver de nouveaux débouchés.
(10) Pour pouvoir exporter légalement, les entreprises de Transnistrie doivent obtenir les documents d’exportation moldaves appropriés. Leurs produits sont donc estampillés « made in Moldova », ce qui explique que les douanes moldaves disposent de ces chiffres. Ce dispositif est entré en vigueur en 2006 après que l’Ukraine a mis en oeuvre la Déclaration conjointe Ukraine-Moldavie du 30 décembre 2005 sur la régularisation des flux commerciaux afin d’établir un contrôle effectif de la frontière ukraino-transnistrienne, par laquelle transitait l’essentiel des marchandises (réexpédiées ensuite en Europe). À la suite de ce qui fut qualifié de « blocus » par les autorités de Tiraspol, les exportations transnistriennes chutèrent drastiquement, au point que des chargements d’aide humanitaire furent envoyés de Russie. La plupart des grosses entreprises de PMR se sont ensuite résolues à s’enregistrer à Chisinau.

 

Notes :
(11) « Si au début de l’année 2012, la position des nouvelles autorités sécessionnistes [concernant les médias] inspirait un optimisme modéré, peu à peu les espoirs d’une régulation démocratique se sont émiettés. À la fin de 2012, il était devenu clair que le nouveau gouvernement imposait des limites encore plus sévères à la liberté d’expression et à l’égalité d’accès à l’information, et cherchait à établir un contrôle total sur les médias, les réseaux sociaux et les portails Internet dédiés », déplorent les auteurs d’un rapport du Centre pour un journalisme indépendant (une ONG moldave). Notons que le bilan dressé par cette ONG de la situation en Moldavie n’est guère réjouissant non plus. Un autre rapport publié par le Département d’État américain en février 2014 pointe également l’autocensure des journalistes et les représailles des autorités.
(12) Depuis son indépendance de fait, la Transnistrie est accusée d’atteintes graves et répétées aux droits de l’homme : presse muselée, tortures, menaces des services de sécurité (en particulier envers les rares opposants politiques), liberté d’expression réduite à la portion congrue, preuves à charge fabriquées de toutes pièces, système judiciaire à la botte de l’exécutif… Les rapports les plus récents n’ont pas relevé d’avancées significatives depuis l’arrivée au pouvoir d’Evguéni Chevtchouk. En octobre 2013, un rapport de la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH) déplorait que « les autorités de facto de Transnistrie refusent même de reconnaître les problèmes liés aux droits de l’homme ». Après avoir décrit des conditions de détention lamentables en Moldavie, les auteurs concluaient qu’elles sont « encore plus déplorables » en PMR. Des cas de mauvais traitements, voire de tortures commises par les services de sécurité, ont également été signalés en 2013 par l’envoyé spécial de l’ONU dans la région, Thomas Hammarberg. Son rapport pointait aussi le trafic d’êtres humains en PMR et affirmait que les violations des droits fondamentaux se retrouvent « dans tous les aspects de la vie sociale ». Un point en particulier retient l’attention des institutions européennes depuis des années : la quasi-impossibilité, pour les jeunes roumanophones de Transnistrie, d’étudier dans leur langue maternelle. Début 2014, le directeur du lycée Lucian Blaga, le seul établissement roumanophone de Tiraspol, a de nouveau été arrêté, sur la base d’accusations apparemment farfelues – une situation condamnée officiellement tant par le Parlement européen que par la Commission européenne. Il convient enfin de noter que plusieurs décisions de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) ont reconnu la responsabilité de la Russie dans les atteintes aux droits de l’homme en PMR dans la mesure où elle contrôle de fait la République séparatiste. La CEDH l’a ainsi condamnée en octobre 2012 à une amende de 1,2 million d’euros (dans une affaire relative aux écoles roumanophones). Une amende qui n’a toujours pas été payée.
(13) Publika TV a été interdite le 1er novembre 2012. Moldova 1, la chaîne nationale, l’a été un mois plus tard, au prétexte que Chisinau aurait refusé la diffusion d’une chaîne transnistrienne en Moldavie. Depuis, aucune chaîne moldave n’est accessible en Transnistrie.
(14) D’après le rapport Hammarberg, il y a en Transnistrie trois centres pénitentiaires et un centre pour les délinquants juvéniles. En octobre 2012, il y avait 2 858 détenus en PMR, soit un taux de 500 prisonniers pour 100 000 habitants – l’un des plus hauts d’Europe.

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