Politique Russie Société Ukraine

LLB: Véritable chasse à l’homme dans Donetsk

Récit publié sur le site de La Libre Belgique, le 28/04/2014

« Tu as vu ce qu’on leur a mis ?! Ca leur apprendra à ces provocateurs. Bandéristes ! Fascistes ! » Le visage dissimulé par un passe-montagne noir, le gourdin au poing, l’homme allume une cigarette, en devisant joyeusement avec ses camarades. L’un d’entre eux lui passe une canette de bière. Le soleil se couche sur le bâtiment de l’administration régionale (ODA) de Donetsk, siège de la « République Populaire de Donetsk » auto-proclamée. Le bâtiment est protégé par des barricades et des barbelés, et décorée de drapeaux locaux et russes, et de slogans anti-ukrainiens et anti-occidentaux. Au son de chants patriotiques russes, les centaines de personnes réunies devant l’ODA peuvent être satisfaits. La véritable « chasse au pro-ukrainien » à laquelle ils viennent de se livrer dans le centre-ville de Donetsk a été un franc-succès.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

A l’origine, une « provocation », comme les protestataires anti-gouvernementaux l’affirment. Des groupes de coordination pro-ukrainiens avaient organisé deux manifestations pacifiques dans le centre-ville, dans l’après-midi de lundi. « La majorité de la population n’ose pas sortir pour défendre l’Ukraine », expliquait un peu plus tôt Kateryna Boutko, une militante venue de Kiev. « Nous allons travailler à la coordination des actions pro-ukrainiennes, pour nous faire entendre ». A commencer par un défilé de « l’AutoMaidan », la branche motorisée des révolutionnaires de l’EuroMaidan, très actif à Kiev. Le cortège entreprend de faire le tour du centre-ville, arborant drapeaux ukrainiens et jouant de klaxons. Sur les coups des 18h, les voitures arrivent sur la rue Artema, l’artère centrale de Donetsk, aux abords de l’administration régionale. Alertés par les klaxons, un groupe de la « garde républicaine » se ruent sur les véhicules, dont certains étaient stoppés au feu rouge. A grand renfort de pavés, de bâtons et d’au moins un cocktail molotov, plusieurs vitres sont brisées, et de la tôle froissée. Des officiers de police s’interposent mollement. L’incident est vite clos.

La provocation de trop

Mais c’est la provocation de trop. Après quelques délibérations devant l’administration régionale, une colonne de plus d’un millier de militants se pressent pour remonter la rue Artema, où défilent entre 300 et 400 manifestants pro-ukrainiens. Parmi la troupe, des jeunes et des moins jeunes, des hommes, des femmes, y compris des jeunes filles. Tous ne sont pas partisans d’un rattachement à la Russie. Depuis ses débuts, le mouvement est disparate, composé certes de fédéralistes, de séparatistes, d’extrémistes, voire de groupes néo-nazis, mais aussi de mineurs et d’ouvriers inquiets de l’avenir économique de la région, et de citoyens exaspérés par la révolution de Kiev. Mais au-dessus de la colonne en marche, ce sont les chants de « Russie ! Russie ! » qui dominent. Beaucoup de participants portent des cagoules et des rubans de Saint Georges, symbole historique de la résistance du peuple russe. Certains sont habillés de treillis militaires. La plupart sont équipés de bâtons, gourdins, massues, boucliers. Le doute n’est pas permis. Ils veulent « casser du pro-ukrainien ».

C’est rapidement chose faite. Plus sur la rue Artema, les manifestants pro-ukrainiens sont encadrés par des centaines de policiers ? Leurs rangs sont contournés avec aisance. Le rassemblement est pacifique ? Les manifestants sont assaillis, dans une cacophonie de cris et de déflagrations de pétards et de quelques bombes assourdissantes. Les forces de l’ordre offrent une réponse formelle, peu convaincante, sans charger les assaillants ni arrêter les agresseurs les plus violents. Très vite, les pro-ukrainiens prennent la fuite, couverts plus ou moins par des cordons de police. S’engage alors une chasse à l’homme à travers le centre-ville. Au fil de la progression de la foule, des blessés apparaissent, laissés pour compte sur le trottoir. Au moins une dizaine de personnes, étendues sur le sol ou le visage en sang, sont pris en charge par des ambulanciers.

La chasse se poursuit pendant de longues minutes, à différentes allures. Dans la queue de la file, certains militants de la « République Populaire » avancent paisiblement, en vociférant des insultes à l’encontre des rares balcons et fenêtres arborant des drapeaux ukrainiens. Quelques mouvements de foule interviennent à la vue de voitures exhibant des symboles ukrainiens. Sans contradiction aucune, les slogans de « Le fascisme ne passera pas ! » et « Honte ! Honte ! [sur le gouvernement et les révolutionnaires de Kiev] sont chantés à tue-tête.

C’est vers 19h30 que les militants atteignent l’ODA et rentrent « à la maison », dans des clameurs de victoire. Aux abords du bâtiments, un officier des forces spéciales ukrainiennes s’emporte contre un groupe de jeunes hommes qui se sont emparés de plusieurs boucliers anti-émeutes des forces de l’ordre. Il faut les rendre. Avec des airs de fierté non-contenus, les militants déposent leurs boucliers à terre, et en font un tas. Il ne s’agit pas de se froisser avec la police. Certains officiers se font serrer la main par les protestataires. « Merci de votre travail, les gars ! », leur lance-t-on.

Devant l’ODA, alors que la nuit tombe, une série de discours félicite la foule, et appelle à poursuivre la lutte. « Notre mouvement, légitime et pacifique, ne sera pas rompu ! », assène un jeune homme au micro. « Nous saurons résister aux provocations de ces extrémistes venus de Kiev ! ».

0 comments on “LLB: Véritable chasse à l’homme dans Donetsk

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :