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Libération: Simféropol veut un référendum

Article publié dans Libération, le 27/02/2014

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«J’attends depuis vingt-deux ans que ce drapeau flotte au-dessus de la ville !» Les yeux rougis de larmes, Svetlana, 33 ans, contemple avec émotion le drapeau russe hissé sur le bâtiment du Parlement de la République autonome de Crimée, dans le centre de la capitale régionale, Simferopol. «J’ai grandi dans une Crimée ukrainienne, mais je ne me suis jamais senti liée à ce pays. Ma capitale, c’est Moscou», déclare-t-elle, les joues peintes de bandes bleu, blanc, rouge, les couleurs de la Fédération de Russie.

Comme des centaines d’autres manifestants prorusses, Svetlana porte un petit ruban orange et noir, le ruban de Saint-Georges, symbole de «l’honneur de la Garde», une référence aux faits d’armes de l’histoire russe. «C’est le symbole de la résistance russe. Il était temps que l’on se lève pour nos droits», assure Dimitri, son compagnon. L’objectif est clair : «Obtenir le rattachement à la Russie.»

Paramilitaire. Hier après-midi, malgré une fine pluie verglaçante, ils étaient près de 500 à attendre qu’une nouvelle filtre du Parlement, derrière un cordon de policiers et des barricades érigées la veille au soir. Depuis le matin, le bâtiment est sous le contrôle d’un groupe de quelques dizaines de personnes, équipées d’armes automatiques. Ce sont eux qui ont hissé le drapeau russe. Dans le même temps, un autre groupe a pris possession du cabinet des ministres. Le quartier a été bouclé par la police. Les forces de l’ordre n’ont pas cherché à lancer d’assaut.

Le Premier ministre de la région, Anatoly Mogilev, a affirmé «mener des négociations» avec les preneurs de bâtiments, mais sans résultat. «Nous voulons qu’un référendum soit organisé, pour que le peuple puisse enfin se prononcer sur son destin», explique un grand moustachu, la cinquantaine, en uniforme paramilitaire. Il est visiblement en charge de la coordination de plusieurs groupes, qui portent des drapeaux de différentes villes de la péninsule. Lui, refuse de donner son nom, et assure n’être là que pour «prévenirtoute provocation». Mais sur place, aucun signe d’opposants.

Un vieux char soviétique est recouvert de drapeaux russes, «pour prêter main-forte aux autres blindés qui arrivent», plaisante un manifestant juché sur le blindé. Tout l’après-midi, des rumeurs faisant état de colonnes militaires russes remontant du port de Sébastopol, où est basée la flotte russe, vers Simferopol, la capitale de la Crimée, ont inondé les réseaux sociaux. En fin de journée, aucun blindé n’avait montré son nez en ville.

Défiance. C’est donc avec enthousiasme et aux cris de «Russie ! Russie !» que la foule a accueilli l’annonce que 61 députés sur 64 présents (il y a 100 sièges dans l’Assemblée) avaient voté la défiance vis-à-vis du gouvernement régional, mais surtout qu’ils avaient décidé d’organiser un référendum sur l’avenir de la péninsule, le 25 mai. Le jour où l’Ukraine doit voter pour son nouveau président.

La veille, les militants prorusses semblaient pourtant en déroute. Des milliers de manifestants pour une Ukraine unie avaient occupé les abords du Parlement. Au prix de quelques échauffourées et aux cris de «la Crimée, c’est l’Ukraine !» et de «Dehors les bandits !» ils avaient repoussé les prorusses. Parmi eux, de nombreux Tatars, cette communauté musulmane persécutée par les soviétiques et malmenée par les Russes, majoritaire à 60% en Crimée. «Que ce soit pour l’éducation, la langue, l’emploi ou la propriété terrienne, nous sommes discriminés, explique Naruman Djelal, représentant du Mejilis, l’assemblée des Tatars de Crimée. C’est pourquoi nous soutenons depuis longtemps la Crimée ukrainienne et l’intégration européenne.»

Ici, la révolution de Kiev semble bien lointaine. «Mais il faut arrêter avec ces délires de Grande Russie, assure Enver, un jeune manifestant tatar, un drapeau ukrainien dans la main. Si nous sommes réannexés par Moscou, ce sera une catastrophe pour les Tatars, mais pour la Crimée en général.»

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