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Libération: Les Manifestants à Kiev gagnent du terrain

Article publié dans Libération, le 27/01/2014

La défiance vis-à-vis de l’opposition croît chez les pro-UE, qui occupent désormais six bâtiments officiels, dont la mairie de Kiev.

Ukrainski Dim. 27/01/2014
Ukrainski Dim. 27/01/2014

«Allons marcher un peu plus loin, par là-bas, il y a encore un peu de soleil.» Dans le centre de Kiev, une mère entraîne ses deux petites filles vers l’entrée d’une barricade, de la place de l’Europe vers Maidan Nezalezhnosti, la place de l’Indépendance de Kiev. Le soleil brille sur le centre de la capitale ukrainienne. Des centaines de badauds, dont de nombreuses familles, déambulent, en guise de promenade du dimanche, entre barricades, braseros et groupes de manifestants qui s’activent à renforcer les défenses, à s’assurer que des agitateurs ne pénètrent pas dans l’enceinte du campement et à déneiger les rues pour éviter qu’elles se transforment en patinoires.

Ruban. La scène paraît surréaliste. Jusqu’à 6 heures du matin, hier, la tension était à son comble alors que des milliers de protestataires encerclaient la Maison de l’Ukraine, ancien Musée de Lénine. Environ 200 policiers s’y étaient rassemblés pendant la soirée de samedi. Ils se préparaient vraisemblablement à attaquer, par l’arrière, les barricades de la rue Hrushevskoho, l’épicentre des affrontements avec les forces de l’ordre depuis le 19 janvier. Après l’évacuation sans heurts de la police, les protestataires ont pris possession de la Maison. Ils occupent désormais six bâtiments officiels du centre de Kiev, dont la mairie et le ministère de l’agriculture.

A quelques centaines de mètres, au bout de la rue Hrushevskoho, au-delà des imposantes barricades érigées devant l’entrée du stade du Dynamo Kiev, des unités de police veillent toujours sur l’entrée du quartier gouvernemental. Les assaillants qui leur font face, principalement des militants organisés, disciplinés, du groupe nationaliste Pravyi Sektor («secteur droit»), leur ont résisté toute la semaine, sans qu’aucune des parties en présence ne puisse porter un coup décisif. Les militants de Pravyi Sektor ne cachent ni leurs fondements extrémistes ni leur désir d’en découdre violemment avec les défenseurs du régime de Viktor Ianoukovitch. Andriy Tarasenko, l’un des coordinateurs, déclare à qui veut l’entendre qu’il appelle à une «révolution nationale» sans perspective d’intégration européenne, qui signifierait «la mort de l’Ukraine».

«Pravyi Sektor, ça ne veut rien dire pour moi. Je vois d’abord et avant tout des gars qui se battent pour protéger nos droits civiques contre la violence du régime, assure Dmytro, la trentaine, le casque sur la tête et un petit ruban exhibant les drapeaux ukrainiens et européens au manteau. Ils sont actifs, et c’est bien. Mais ils ne sont que des centaines parmi des dizaines de milliers, nous sommes tous différents, mais tous unis. Et, je dois dire, de plus en plus frustrés par le comportement de l’opposition.»

Comme des milliers d’autres, il était sur Maidan Nezalezhnosti, la veille au soir, pour huer les leaders de l’opposition, notamment Arseni Iatseniouk. Au terme de trois heures de négociations avec Ianoukovitch, celui-ci s’était vu offrir le poste du Premier ministre controversé Mykola Azarov. Vitali Klitschko, leader du second parti d’opposition, aurait pu devenir son vice-premier ministre. Rien n’avait été offert à Oleh Tiahnybok, le leader nationaliste du troisième parti d’opposition, Svoboda. Une proposition que le triumvirat n’a ni accepté ni rejeté formellement, en annonçant qu’il continuerait les négociations pour obtenir plus du chef de l’Etat. Leur indécision a provoqué les sifflets de la foule, et ce même durant la chorale de l’hymne national. «Nous ne voulons pas de négociations, nous voulons une révolution !» s’emporte Dmytro.

Fossé. Pour parvenir à un accord, l’opposition exige notamment une élection présidentielle anticipée, le retour à la constitution parlementaire de 2004, une amnistie pour les protestataires arrêtés ces dernières semaines ou encore la libération de l’ex-Première ministre Ioulia Timochenko, emprisonnée depuis 2011 officiellement pour abus de pouvoir. «Nous finirons ce que nous avons commencé», affirme Arseni Iatseniouk. Mais il semble bien que le fossé continue de se creuser entre les responsables de l’opposition et la base des manifestants, même si Klitschko semble conserver une certaine autorité. C’est ainsi lui qui s’est porté garant, avec succès, de l’évacuation des policiers de la Maison de l’Ukraine hier matin.

Pour le premier dimanche depuis dix semaines, à deux jours de la venue de Poutine à Bruxelles pour un sommet de négociation, aucune «marche de la dignité» n’a été appelée par l’opposition. Ce qui n’a pas empêché des milliers de gens de se promener à travers le campement de l’EuroMaidan, comme chaque semaine, en signe de soutien.

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