Moldavie Société

RFI: Une Ecole de Sexe à Chisinau

Reportage co-réalisé avec Damien Dubuc, diffusé dans l’émission « Accents d’Europe », le 27/12/2013

Une école pour le moins inattendue en Moldavie : elle propose d’enseigner l’art du sexe aux femmes. Il s’agit de favoriser l’harmonie dans le couple. Une initiative importée de Moscou et pour le moins inattendue dans un pays plutôt conservateur et patriarcal.

page de présentation du réseau des écoles de sexe - www.sexrf.com
page de présentation du réseau des écoles de sexe – http://www.sexrf.com

« Pour pratiquer des bonnes fellations, contactez nous ! » L’annonce peut choquer, mais l’approche est toute pédagogique. A Chisinau, ce centre de formation propose des cours sur toutes sortes de pratiques sexuelles, allant des massages érotique au sexe anal, en passant par fellation et l’art de l’orgasme féminin. Rien de caustique ou de pornographique, et le centre entend travailler en toute décence, et protéger ses étudiants. Il est donc impossible d’assister à une séance, et c’est dans un café en centre-ville que nous rencontrons des responsables et des étudiantes. Janika a 22 ans, elle explique pourquoi elle a commencé à prendre des cours.

Janika: Je suis venue avant tout pour moi-même. Vous savez que sur Internet, dans les livres, il y a beaucoup d’informations, mais c’est difficile de bien comprendre tout ce que ça veut dire, et comment l’appliquer. Le premier cours auquel j’ai assisté, c’était sur l’orgasme féminin. C’était une très bonne surprise pour moi, de trouver ce cours, ce centre, parce que vous savez, dans notre pays, il y a peu de gens, peu de femmes, qui parlent ouvertement de sexe.

Janika raconte que les cours durent environ 2 à 3 heures, et qu’il peut y avoir environ 30 étudiantes par cours. Les sessions alternent entre discussions théoriques et travaux pratiques, avec godemichet et autres sex toys. Les cours se concentrent sur les rapports sexuels homme-femme, et ils ne sont ouverts qu’aux femmes hétérosexuelles.

Ekaterina Illyady est la coordinatrice du centre de formation. Elle explique que les cours visent aussi à pousser les femmes à entamer un dialogue avec leur partenaires. En ce sens, les formations qui sont dispensées ont presque une dimension sociale.

Ekaterina: un des premiers objectifs de notre centre de formation, c’est d’assurer l’épanouissement sexuels au sein des couples. Beaucoup de jeunes filles viennent nous voir, elles sont malheureuses, elles viennent de se séparer d’avec leur partenaire. Après être passées nous voir, beaucoup d’entre elles renouent leurs relations et mènent une vie de famille heureuse. Nos cours ne sont pas que des cours de techniques de sexe, mais nous incitons aussi nos participantes à ouvrir le dialogue avec leurs copains, leurs maris, pour construire une relation saine et équilibrée.

L’initiative est récente à Chisinau, le centre a ouvert il y a un an à peine. Il est importé tout droit de Russie, ou deux écoles existent déjà à Moscou et Saint Pétersbourg. Pourquoi s’implanter à Chisinau ? Parce qu’il y avait un marché, affirme Ekaterina Illyady.

Selon elle, cela illustre aussi un début d’ouverture inédite de la société moldave sur ces questions. Mais les les cours de sexe ont un prix à payer : environ 40 euros pour un cours de base, et entre 80 et 130 euros pour un cours thématique. Autant dire que tout le monde ne peut pas se l’offrir, dans ce qui reste le pays le plus pauvre d’Europe. Pour le sociologue Vitalie Sprinceana, le phénomène est à relativiser.

Vitalie: Les cours coûtent cher. Je ne sais ce que ça dit de la libéralisation des mœurs ou d’une révolution sexuelle. C’est très nouveau. Cela veut dire que certaines choses sont peut-être plus acceptées. Cela veut aussi dire qu’à certains niveaux de la société, parmi les riches notamment, les femmes veulent une vie sexuelle épanouie, et elles sont prêtes à prendre des cours pour ça. C’est une initiative très commerciale, donc je ne pense pas que cela parle pour toutes les femmes moldaves.

Quoiqu’il en soit, on nous affirme que plusieurs centaines de femmes sont déjà passés par le centre, et que cela a changé la vie de nombre d’entre elles. Masha a 32 ans, c’est une jeune maman. Elle avait commencé à venir pour suivre un cours sur le sexe après l’accouchement. Elle s’est laissée emporter par d’autres sujets.

Masha: Quelque chose qui m’intrigue énormément et que je n’ai pas encore osé essayé, c’est l’art du sexe thaïlandais. La culture du sexe a l’air d’être tellement particulière, ça me semble fascinant. Je vois qu’il y a une formation sur ce thème, je pourrai me laisser tenter. Et puis après, recommencer à la maison, avec de la musique, des bougies, et puis se laisser aller. Ca sera une aventure.

Pour l’heure, l’ouverture de cette école du sexe n’a pas provoqué d’émoi particulier en Moldavie, malgré l’influence considérable de l’Eglise. Le centre de formation ne fait de publicité que sur Internet et ses locaux sont difficilement repérables à Chisinau. Pour l’instant, c’est plus une aventure qu’une révolution.

 Ecouter le reportage ici

Journaliste et voyageur, je suis un Européen d'origine française et observateur insatiable de la composition, décomposition et recomposition du continent. Depuis 2011 en Ukraine, je suis en permanence sur les routes, afin de suivre les évolutions et révolutions qui secouent ce pays. L'occasion d'affiner mon regard sur les différences - et ressemblances - qui font cette autre Europe.

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