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RFI: En Transnistrie, les Affaires sont les Affaires

Reportage co-réalisé avec Damien Dubuc, diffusé dans l’émission « Accents d’Europe », le 19/12/2013

En Transnistrie, qui a fait sécession de la Moldavie en 1992, un capitalisme assez débridé règne, et l’économie est tournée vers l’exportation, surtout vers l’Union Européenne. Un débouché menacé alors que la Moldavie vient de parapher un accord d’association avec l’UE.

Atelier de confection de l'usine d'Odema, à Tiraspol.  Photo: Damien Dubuc, Octobre 2013
Atelier de confection de l’usine d’Odema, à Tiraspol.
Photo: Damien Dubuc, Octobre 2013

Les ateliers de l’usine Odema fourmillent d’une activité débordante. Des dizaines de couturières s’affairent à assembler des manteaux et des vestes, dans des locaux qui sont en cours de modernisation. Ici, sont produits des vêtements pour de grandes marques occidentales, telles que Versace, Dolce & Gabanna ou encore Moncler. Ici, c’est à Tiraspol, la capitale de la Transnistrie, petit pays sécessionniste, dont le gouvernement se réclame encore de l’héritage soviétique. Mais pour la chargée de communication de l’usine, Olga Ivanovna, cela n’a pas d’importance. Elle traite avec des clients qui se soucient peu de politique, et pour elle, seule compte la qualité.

Olga: Vous voyez, tout est fabriqué ici selon les normes les plus élevées, avec des conditions de sécurité et d’hygiène très stricts. Chaque article passe au contrôle technique pour s’assurer d’une qualité maximale. Nous fabriquons de tout, des milliers de modèles différents, des grands, des petits, des moyens. Nous pouvons tout faire et répondre à toutes les demandes de nos clients.

Olga Ivanovna travaille chez Odema depuis 26 ans. Du temps de l’Union Soviétique, l’entreprise était un géant national, elle employait 7000 personnes dans plusieurs républiques du bloc communiste. Odema compte aujourd’hui 400 employés, payés 250 euros par mois en moyenne. Ils sont réunis dans une usine du centre de Tiraspol, qui n’est plus que l’ombre d’elle-même.

Alors que l’entreprise exporte traditionnellement vers la Russie, Odema a du se tourner vers le marché européen pour survivre. Et ce dernier marché, déjà difficilement accessible, est aujourd’hui menacé… Raisa Hailova est à la tête de l’entreprise depuis 2007. Elle explique les complications qu’elle doit affronter.

Raisa: Nous sommes enregistrés à la fois ici à Tiraspol, et à Chisinau, la capitale moldave. Pour exporter vers l’Union européenne, et bénéficier de facilités douanières, il faut être enregistré en Moldavie. Nous payons des impôts seulement ici, mais par contre, pour nos exportations, il faut s’acquitter de droits de douane ici et en Moldavie.

Le cas d’Odema n’est pas isolé. Contrairement à une idée généralement admise, l’économie de la Transnistrie n’évolue pas en vase clos. Le pays bénéficie jusqu’à présent des mêmes facilités commerciales que la Moldavie, ce qui lui garantit un accès préférentiel aux marchés européens.

Mais ces facilités pourraient être remises en cause bientôt. Chisinau cherche à établir une zone de libre-échange avec l’Union Européenne, qui devrait exclure la république séparatiste de Transnistrie.

Iouri Ganine est le vice-président de la chambre de commerce de Transnistrie. Pour lui, le danger est réel, d’autant que l’économie transnistrienne n’est tout simplement pas prête à perdre ses privilèges commerciaux. 

Iouri: La Transnistrie a été créée comme une terre industrielle. Du temps de l’URSS, de nombreuses industries ont été installées ici, sur la rive gauche du fleuve Dniestr. Environ 40% de notre PIB vient de l’industrie. Mais la Transnistrie, que ce soit au niveau politique, économique ou technique, n’est pas prête à l’établissement d’une zone de libre-échange entre la Moldavie et l’Union européenne. Nous ne voulons pas perdre l’accès aux marchés européens. L’an dernier, 29% de nos exportations sont parties vers l’Union européenne. Si le marché intérieur nous est fermé, ça va être un gros problème pour nous.

Comme il l’indique, la Moldavie a reçu 550 millions d’euros pour se préparer à l’impact du libre-échange avec l’UE. Mais la Transnistrie, rien.

Ces craintes sont partagées au plus haut sommet de l’Etat. A quelques centaines de mètres des ateliers, on trouve les bureaux de l’administration présidentielle Le jeune chef de l’Etat, Yevgueny Shevchuk est en poste depuis décembre 2011. Pour lui, la non-reconnaissance de son pays est le problème numéro un pour l’économie. Il s’estime victime d’une stratégie de pressions de la part de la Moldavie et de l’Europe.

Shevchuk: Le manque de reconnaissance de notre État provoque des dysfonctionnements importants pour notre économie, par exemple, de plus en plus de jeunes quittent la Transnistrie et il y a de plus en plus de retraités ici. Beaucoup de nos entreprises sont modernes et compétitives. Mais nous en avons trop peu, et nous aimerions encourager le développement de nouvelles industries avec des nouvelles technologies. La Transnistrie a des atouts certains, mais pour les exploiter, il nous faut un signal, une impulsion venue de l’extérieur : notre reconnaissance internationale

En filigrane, l’impossibilité de recevoir des prêts internationaux ou de développer une politique d’investissement efficace. Mais dans son bureau à Odema, Raisa Hailova ne voit pas cela comme une fatalité. Après tout, indépendamment de la géopolitique, les affaires sont les affaires.

Raisa: On a travaillé, On travaille, on travaillera. C’est comme ça, nous sommes un business, il n’y a pas d’autre choix. Les marchés européens sont très compétitifs, et difficiles d’accès. Et ça pourrait s’empirer. Nos spécialistes prennent ça en compte, et on cherche à diversifier nos débouchés.

Elle reconnaît tout du moins que les contrats de sous-traitance avec Versace ou Dolce & Gabanna pourraient être remis en cause. Mais si le commerce avec l’Europe devient trop compliqué, elle va juste aller voir ailleurs. Après tout, le grand frère russe n’est jamais trop loin…

Ecouter le reportage ici

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