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La Libre Belgique: Ukraine, d’une Révolution à l’Autre

Analyse publiée dans La Libre Belgique, le 12/12/2013

Il est tentant de comparer l’EuroMaidan de 2013 à la Révolution orange de 2004.

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Même pays, même ville, même place de l’Indépendance, même saison, même ennemi commun : la comparaison est facile entre la Révolution orange de 2004 et l’EuroRévolution de 2013. Dans un pays où les manifestations de rue n’ont jamais été très populaires, les deux événements marquent, de par leur ampleur et de par l’espoir qu’ils soulèvent. “C’est un sentiment tout à fait particulier”, raconte la jeune journaliste Olha Vesnianka, dans le bar “Baraban”, à quelques dizaines de mètres de la place de l’Indépendance. “Je retrouve ici toutes les têtes que je pouvais apercevoir pendant le Maidan de 2004 !” Et pourtant. Les organisateurs du mouvement n’ont eu de cesse de répéter que les deux mouvements étaient fondamentalement distincts, et aboutiront forcément à des résultats différents.

1 Le “méchant”. En 2004 comme en 2013, Victor Fedorovitch Ianoukovitch fédère une large partie de son pays contre lui. Il y a neuf ans, c’était en temps que fraudeur principal à l’élection présidentielle d’alors. Des centaines de milliers de personnes étaient descendues dans la rue pour occuper Maidan Nezalezhnosti et demander un recompte des voix. La supposée subordination de Victor Ianoukovitch au grand frère russe inquiétait aussi fortement les manifestants. En 2013, c’est en tant que président d’un Etat autoritaire et policier qu’il concentre critiques et frustrations. Il semble néanmoins moins russophile qu’il ne le laissait paraître. Il veille à consolider une verticale du pouvoir, de plus en plus concentrée entre les mains de sa “Famille”. Une importante similarité avec 2004 : en 2013, les critiques à son encontre émanent plus de l’ouest de l’Ukraine que de l’est, jusqu’ici très loyal.

2 Le mouvement d’opposition. “Sans leader, sans le culte de la personnalité que l’on avait développé en 2004, le mouvement a paradoxalement plus de chances de survie et de développement”, explique Serhiy Kochman, un activiste de la première heure, au sein du mouvement “Nous, Européens !”. Il y a neuf ans, les protestataires “se rangeaient sous la bannière de Viktor Iouchtchenko et de son alliée Ioulia Timochenko et en attendaient des réponses à tous leurs problèmes. Aujourd’hui, ils ne font confiance à aucun leader politique en particulier. Il y a donc une chance qu’ils s’organisent en une société civile autonome et proactive.” Le mouvement de l’EuroMaidan est en revanche disparate et fragmenté en des tendances très diverses, de représentants de la classe moyenne urbaine à des militants d’extrême droite.

3 Les objectifs. Le manque de politisation du mouvement est un obstacle dans la réalisation d’objectifs concrets, tels que la destitution de Viktor Ianoukovitch et de son gouvernement. En 2004, les demandes du mouvement étaient claires : recompte des voix, reconnaissance des fraudes et organisation d’un troisième tour de l’élection présidentielle. Les trois leaders de l’opposition unie, Arseniy Iatseniouk, Oleh Tyahnibok et Vitali Klitschko, peinent aujourd’hui à dissimuler leurs différences d’intérêts et d’idéologie et à travailler à un agenda de réformes commun. Sans compter qu’ils ne bénéficient que d’un soutien mitigé des protestataires de l’EuroMaidan, malgré la popularité indéniable de Vitali Klitschko.

4 La réaction du pouvoir. Le président Leonid Kouchma touchait à la fin de sa carrière politique d’autocrate en 2004. Après avoir refusé d’utiliser la force contre les manifestants pendant de longues semaines, il avait facilité le dialogue entre les opposants d’alors et permis l’organisation d’une nouvelle élection. En 2013, il se positionne comme patriarche avisé, en donnant le même conseil à Viktor Ianoukovitch. Ce dernier semble cependant bien décidé à s’accrocher au pouvoir et à assurer sa réélection en 2015. Ce qui passe par des démonstrations de force et la mise au pas de toute contestation, politique (emprisonnement de Ioulia Timochenko en 2011), sociale (multiplication de cadeaux électoraux en faveur des retraités, par exemple) et médiatique (réduction de la liberté d’expression notable depuis son arrivée au pouvoir en 2010). “Il est fort possible qu’il ait cru qu’en envoyant les policiers contre les manifestants, il obtiendrait le respect de ses opposants”, analyse Serhiy Kochman.

5 La stratégie. En 2004, la stratégie d’occupation de l’espace public et médiatique semblait claire et bénéficiait d’un soutien logistique et financier considérable. En 2013, le mouvement peine à donner une direction claire à ses actions. Si l’EuroMaidan bénéficie de moins de soutien financier que les “Orange”, ses participants s’affairent à récolter des dons dans la société, ce qui encourage esprit d’initiative et assise populaire. “La société s’est réveillée, elle ne se rendormira pas”, assure Iryna Solovey, en charge de la plate-forme de crowdfunding “Biggidea”, qui a récolté près de 25000 euros pour l’EuroMaidan en moins de dix jours.

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