Politique Ukraine

LLB: Victor Ianoukovitch, despote au masque européen

Article / Portrait publié dans La Libre Belgique, le 28/11/2013

ide czy nie

« Je ne pense pas que Viktor Fedorovitch (Ianoukovitch) se sente à l’aise ! » Roman, jeune étudiant, était trop jeune pour participer à la Révolution orange de 2004, qui avait empêché le candidat Ianoukovitch, accusé de fraudes électorales généralisées, d’accéder à la présidence. Mais, avec plusieurs milliers d’autres, il campe aujourd’hui sur « Maidan Nezalezhnosti », la place de l’indépendance à Kiev, pour exiger de celui qui est finalement devenu Président en janvier 2010 qu’il signe un accord d’association avec l’Union européenne. D’un « Maidan » à l’autre, de 2004 à 2013, on le traite encore de « bandit ». Mais nul, des manifestants aux leaders de l’opposition, ne semble contester son autorité. « En tant que Président, c’est lui qui a le pouvoir de signer », assure Roman.

D’autant que le pouvoir fait preuve d’une patience inédite avec les manifestants. « J’applaudis tous ceux qui se sont rendus sur ‘Maidan’ pour soutenir l’intégration européenne de l’Ukraine« , déclarait le chef de l’Etat lors d’une interview télévisée le 26 novembre. Et de rejeter la faute de l’échec des négociations sur le manque de soutien financier offert par l’UE. Le Premier ministre Mykola Azarov a, lui, confié que la décision suivait « des demandes, et non un ultimatum, de la Russie« .

« C’est une posture brillante« , analyse Dmytro Galkin, rédacteur en chef des « Chroniques des affaires étrangères » à Kiev. « Le pouvoir se porterait comme victime des pressions européennes et de la Russie, alors qu’il a en fait résisté aux deux et reste maître chez lui ! » Les interminables atermoiements sur la résolution de l’affaire Timochenko, la chef de l’opposition emprisonnée, ont illustré une réticence claire du régime à respecter les conditions des Européens, malgré les assurances de l’exécutif. Pour le chercheur Taras Kuzio, la politique du pouvoir est une manifestation remarquable d’une « double pensée orwellienne« .

Depuis son arrivée au pouvoir en janvier 2010, Viktor Ianoukovitch est accusé d’une dérive autoritaire évidente par les ONG « Freedom House » ou Reporters sans frontières. Avec le soutien de son fils, l’énigmatique et richissime Oleksandr, il s’est attelé à la consolidation d’une verticale du pouvoir autour de « La Famille », c’est-à-dire son entourage proche. Cela passe par une réduction de la liberté d’expression, une détérioration du climat des affaires, un détournement à peine voilé des fonds publics. La somptueuse résidence de Mezhiria, dans le nord de Kiev, est ainsi devenue le symbole kitsch d’un absolutisme corrompu.

Mais, alors que « La Famille » semble affermir son contrôle du pays de jour en jour, Viktor Ianoukovitch affirme qu’il ne laissera « personne humilier l’Ukraine« . Son slogan « De la stabilité à la prospérité » séduit encore de nombreux électeurs, notamment dans l’est du pays et parmi les retraités. Il est estimé vainqueur du premier tour des élections présidentielles de 2015, avec entre 20 et 25 % des intentions de vote.

« L’échec du sommet de Vilnius montre surtout que tout ce qu’on lui a proposé est inutile. De l’argent, du soutien, l’intégration européenne ou autre« , renchérit Dmytro Galkin. « S’il ne parvient pas à garder le pouvoir entre ses mains, c’est inutile. Le plus important pour lui, c’est le pouvoir. »

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