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RFI: Les Européens refusent de tourner le dos à l’Europe

Reportage diffusé dans l’émission Accents d’Europe, le 25/11/2013

C’étaient entre 60.000 et 100.000 personnes s’étaient réunies hier dimanche dans le centre de Kiev pour protester contre la décision du Président Victor Ianoukovitch. Le 21 novembre, son gouvernement avait annoncé vouloir renoncer à signer un accord d’association avec l’Union européenne. Le régime, de plus en plus autoritaire, a aussi résolu de garder Ioulia Timochenko sous les verrous. Il est impossible de ne pas faire de parallèle avec la révolution orange, qui s’est déroulée exactement il y a 9 ans. Mais est-ce que le mouvement pourra prendre autant d’ampleur ?

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C’est aux cris de « l’Ukraine, c’est l’Europe ! » et de « honte sur le gouvernement ! » que des dizaines de milliers de personnes se sont avancées sur l’avenue Khreshatyk, l’avenue principale de Kiev, sont passés par Maidan Nezalezhnosti, la place de l’indépendance, pour arriver jusqu’à Europeiska ploscha, la place de l’Europe. La marche était chargée de symboles, et avec ses quelques 100.000 participants, elle est devenue la mobilisation populaire la plus importante depuis la révolution orange de 2004 ! Dasha est une jeune étudiante à Kiev, elle refuse de faire partie d’une génération sacrifiée !

Dasha: Nous sommes venus pour défendre l’intégration européenne de l’Ukraine. C’est une chance unique que nous sommes en train de perdre. On a l’opportunité de nous rapprocher de l’Union européenne, et si on ne le fait pas maintenant, ça sera trop tard ! Nous sommes ici parce que voulons que notre Parlement et notre gouvernement règlent cette question avant le sommet de Vilnius, dans quelques jours !

Ce sommet devait consacrer la signature d’un Accord d’Association ambitieux avec l’Union européenne. Un accord qui aurait du entraîner une vague de réformes de fond pour moderniser le pays, notamment son système judiciaire et son économie. Cela représentait trop d’efforts assure le premier ministre Mykola Azarov, qui a gelé les négociations, pour des raisons « tactiques », comme il l’a expliqué. Le gouvernement refuse toujours de rejoindre une union douanière menée par la Russie, mais le premier ministre a souhaité que l’Ukraine intensifie ses relations avec les pays de la communauté des Etats indépendants, héritiers de l’URSS.

Les manifestants n’étaient pas prêts à accepter cette réorientation du pays. L’événement a rassemblé des familles et des couples, des étudiants et des retraités, et l’humeur était presque festive, hormis quelques échauffourées lorsque des manifestants ont tenté de prendre d’assaut le cabinet des ministres.

« Cette fois, on ne nous vole pas notre chapeau, on nous vole notre futur ! ». C’est Iouri Loutsenko, ancien ministre de l’intérieur d’un gouvernement de Ioulia Timochenko, qui s’adresse à la foule. Comme elle, il est passé par la case « prison » après un procès dénoncé comme politique. Lui et d’autres leaders de l’opposition politique, ainsi que des personnalités de la société civile, ont exigé un clair sursaut du gouvernement en faveur de l’intégration européenne et la libération, encore une fois de Ioulia Timochenko, ou alors la démission en bloc de l’exécutif.

Il est très peu probable que quoi que ce soit se concrétise… Dmytro Galkin est le rédacteur en chef des Chroniques des Affaires Etrangères. Selon lui, les Européens et les Russes ont tenté d’amadouer Victor Ianoukovitch, mais rien n’y a fait.

Dima: Tout ce qu’on lui a proposé est inutile. De l’argent, du soutien, l’intégration européenne ou autre. S’il ne parvient pas à garder le pouvoir entre ses mains, c’est inutile.

Il semble donc que Victor Ianouvitch veuille conserver la main sur son pays, quel qu’en soit le prix.

Qu’importe. Dimanche soir, les manifestants ne donnaient pas l’impression de vouloir faiblir. Cela fait quatre jours et quatre nuits qu’une poignée d’entre eux occupe Maidan Nezalezhnosti, qui a déjà été rebaptisée « EuroMaidan ». Taras est un jeune activiste, il ne partira pas de si tôt.

Taras: Le gouvernement n’écoutera pas. Bien sûr que non. Mais si on reste suffisamment unis, si on est des milliers, alors on restera aussi longtemps qu’il le faut. On peut refaire ce qu’on a fait en 2004.

Pour l’heure, la police a montré beaucoup de retenue . Peut-être en attendant que la foule se lasse, qu’elle soit vaincue par l’hiver. Mais on dirait bien que, sur l’EuroMaidan, le chemin vers l’Europe est de toutes les manières, long et difficile.

Ecouter le reportage ici

Suivi par un Questions & Réponses:

Sébastien cette manifestation n’était clairement pas à simple détente…Elle se poursuivait ce lundi…

Oui, ça s’accroche ! Ce lundi à 3h du matin, les manifestants étaient parqués derrière des barrières, et on s’attendait à une action de la police pour disperser les protestataires. Ca n’a pas manqué, les forces de l’ordre sont intervenues vers 5h30. Mais sans succès : les manifestants sont restés sur place. Un peu plus tard ils s’opposaient à la police près du cabinet des ministres. Le premier ministre Mykola Azarov a déclaré qu’il n’avait pas peur de cet EuroMaidan et qu’il n’accepterait pas une redite de la révolution orange de 2004. mais résultat, ce matin, lui et ses ministres ont quand même quitté le cabinet des ministres par une sortie secondaire…

On sent beaucoup de détermination chez les manifestants ?

Pour tous ces gens, ce n’est pas une question de détermination : tous ceux que je rencontre sont prêts à aller au bout. « ensemble et jusqu’à la fin », comme on peut le lire sur leurs pancartes. S’ils ont survécu aux premières nuits, qu’ils ont organisé campements et distribution de nourriture, je crois que ça peut durer. Mais dans quel but ? Là on ne parle pas d’élections truquées ou d’opposante emprisonnée, on parle d’intégration européenne. C’est à dire un sujet complexe, vague, et qui se décide au plus haut niveau, entre chefs d’Etat. Comment est-ce que les manifestants peuvent influer sur ce qui va se passer à Vilnius… ? La question reste ouverte, et elle va déterminer le niveau de mobilisation des citoyens.


Pourquoi la question européenne est-elle si importante pour eux ? Est-ce le gage d’un régime plus libre ?

Oui, incontestablement. La fin de la justice sélective, l’endiguement de la corruption, une halte aux violences policières, une modernisation de l’économie, une libéralisation du régime de visas… C’est ce qu’on promet aux Ukrainiens depuis des années. Il y a cette idée généralement répandue que l’Ukraine est fondamentalement européenne mais qu’elle a été coupée du reste du continent par son histoire soviétique. Ca provoque une frustration certaine, qui se retrouve dans les discours politiques, dans les médias, dans la culture, un peu partout. Alors aujourd’hui que le gouvernement, de plus en plus autoritaire, de Victor Ianoukovitch, leur enlève une opportunité unique de se rapprocher de l’Europe, la frustration se transforme en colère.

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