Sport Ukraine

RFI: L’Euphorie prudente du football ukrainien

Intervention dans l’émission « Mondial Sports », diffusée le 17/11/2013

Le Brésil, c’est encore loin pour les Bleus, après tout. Après avoir perdu 2-0 face à l’Ukraine, le 15 novembre, le match retour du 19 novembre, à Paris, s’annonce corsé. En Ukraine par contre, on est plus serein, voire même plus enthousiaste…

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Alors, on imagine que c’est l’euphorie depuis le match de vendredi… ?

Oui, c’est l’euphorie, vous pouvez vous imaginer. Vous savez que c’est la première fois, après 7 confrontations infructueuses, que l’équipe d’Ukraine bat la France, et la fête se prolonge tout le weekend, à Kiev. Malgré le froid qui commence à s’installer en Ukraine, les rues se couvrent d’écharpes et banderoles bleues et jaunes, les couleurs nationales. En fait, ce qui ressort de la presse aujourd’hui, à part l’enthousiasme, c’est la surprise ! Le magazine Korrespondent se souvient que le pays était résigné et anxieux en accueillant les Bleus, que tous les pronostics donnaient bons gagnants. Et finalement, comme le titre un article, c’était le « match des certitudes françaises contre le pragmatisme ukrainien ». et le pragmatisme l’a emporté.

Pour le grand quotidien Sevodnya, le ton est plus enjoué, puisqu’il parle du « coq plumé », qui s’est incliné face à un collectif ukrainien bien huilé.

L’Ukraine avait pourtant bien mal entamé les éliminatoires. Que s’est-il passé depuis pour arriver à cette bonne production ?

Et bien c’est l’effet Mihaiylo Fomenko. Le nouvel entraineur a pris ses fonctions en décembre dernier seulement, mais vous savez qu’il a complètement changé la manière de jouer de l’équipe, en renforçant l’unité et la discipline d’un collectif jeune. Et sur les 10 matchs qu’il a encadré, n’avait subi aucune défaite : il en était à 8 victoires et 2 matchs nuls.Enfin, 9 victoires maintenant. On disait toujours que l’avantage de l’équipe d’Ukraine c’était le bloc défensif : Mihaiylo Fomenko a bien poussé là-dessus. Et en même temps, il sait encourager la polyvalence des joueurs. Vous avez pu voir que les ailiers, Andriy Iarmolenko et Yevhen Konoplyanka, ou l’attaquant Roman Zozulia, ont l’air d’y trouver leur compte.

D’autre éléments : Les joueurs évoluent presque tous dans le championnat ukrainien, ils se connaissent bien. Et puis il ne faut pas oublier l’effet de l’anxieté. Personne en Ukraine ne voulait affronter la France en match de barrage, et même les joueurs les plus talentueux de l’équipe, comme Anatoliy Timochuk, avaient bien dit qu’ils avaient peur de jouer contre les Bleus. Mais Ca a apparemment joué pour une concentration maximum.

Et à deux jours du match retour, l’équipe est sûre de sa force?

Oui et non. Tous les commentateurs sont enthousiastes, mais l’équipe se veut prudente. Alors que tout le monde s’extasiait ici vendredi soir, Mihaiylo Fomenko a refusé de se laisser aller, en déclarant sobrement que : gagner par 3-0, ça aurait été mieux.

En fait, ici, la victoire de vendredi paraît déjà assez inimaginable. Comme on le disait, c’est la première fois que l’Ukraine bat la France, et personne ne s’imagine, les supporters, les analystes, que la grande France n’aille pas au Brésil, et que la petite Ukraine prenne son envol. Les observateurs insistent bien sur le fait que le match au stade de France est très risqué. Vous le savez bien, la France doit gagner par un 3-0. Et bien ici, on s’attend à ce que les Bleus le fassent.

Ah, oui ? Et alors comment le pays se prépare au match retour ?

Avec sérénité en fait. Bien sûr, on espère. Mais les joueurs eux-même admettent que le match sera difficile, en particulier sans le soutien des supporters ukrainiens, très très fervents, comme vous avez pu le constater. Mais la victoire de l’Ukraine, dans son stade national à Kyiv, avec ses supporters, est déjà quelque chose d’inespéré. Vous savez, le football joue un rôle très politique dans beaucoup de pays. Mais l’Ukraine c’est un pays très jeune, avec des divisions géographiques, linguistiques et politiques très profondes. Le football, c’est littéralement un des seuls moments d’unité du pays. Alors ce qui s’est passé ici, j’ai l’impression que c’est déjà une victoire pour beaucoup de personnes. Et pour ce qui est de la suite, et bien oui, pas d’arrogance, pas de plan sur la comète, ici, on espère, et on attend.

Ecouter l’intervention ici

Journaliste et voyageur, je suis un Européen d'origine française et observateur insatiable de la composition, décomposition et recomposition du continent. Depuis 2011 en Ukraine, je suis en permanence sur les routes, afin de suivre les évolutions et révolutions qui secouent ce pays. L'occasion d'affiner mon regard sur les différences - et ressemblances - qui font cette autre Europe.

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