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RFI: Face à la domination du russe en Transnistrie, des écoles s’exilent en Moldavie

Reportage co-réalisé avec Damien Dubuc (alias Damian Dubec), diffusé dans l’émission Accent d’Europe, le 13/11/2013

La Transnistrie, cette petite langue de terre enclavée entre la Moldavie et l’Ukraine, est le théâtre d’un des derniers conflits gelés d’Europe. Le régime qui règne à Tiraspol, la capitale, est taxé d’autoritarisme et de nombreuses violations des droits de l’homme. Beaucoup d’habitants traversent la frontière avec la Moldavie pour aller y chercher justice, ou tout simplement pour faire ce qu’ils ne peuvent pas faire en Transnistrie. C’est le cas d’une école en exil.

Ecole de Dorotcaia Photo: Damien Dubuc
Ecole de Dorotcaia
Photo: Damien Dubuc

Les couloirs du groupe scolaire de Dorotcaia résonnent d’activité alors que les élèves se dirigent vers leurs salles de cours cet après-midi là. Dans le centre-est de la Moldavie, cette école accueille des enfants de 7 à 18 ans, et à première vue tout fonctionne comme partout ailleurs. Mais ici, les préoccupations quotidiennes dépassent les questions de bonnes ou de mauvaises notes.

La directrice Eleonora Cercavschi explique qu’elle est à la tête d’un établissement en exil.

Directrice:  Le matin, ce sont les élèves du village de Dorotcaia qui étudient ici. Et l’après-midi, ce sont nos élèves. On a en gros 170 enfants qui sont emmenés par 4 autobus du village de Grigoriopol, de l’autre côté. On avait notre propre école à Grigoriopol, nos propres structures. Mais en 2002, les autorités de Transnistrie nous ont chassé, elles ont fermé notre école !

Les autorités séparatistes de Transnistrie, très tournées vers la Russie, cherchent à réduire de manière drastique l’enseignement en roumain, la langue officielle de la Moldavie, au profit du russe en alphabet cyrillique. Il ne reste aujourd’hui que 8 écoles en langue roumaine en Transnistrie. Pour l’école de Grigoriopol, pas d’échappatoire : si les enfants veulent étudier en roumain, ils doivent franchir le poste-frontière transnistrien chaque jour.

Depuis 2002, le nombre d’élèves est passé de 400 à 170. Viorica est professeure d’anglais : elle comprend que beaucoup se soient lassés.

Viorica: Bien sûr, beaucoup d’élèves, et beaucoup de parents se découragent. Vous imaginez, nous ne venons ici que les après-midis, donc ça veut dire que nous rentrons chez nous tard le soir. Et pendant l’hiver, le transport pose vraiment problème. Je n’aime pas la politique, je ne sais pas comment régler ce genre de problèmes. La seule chose que nous demandons, c’est d’avoir notre propre école dans notre propre ville !

Grigore Polichinski est le président du canton de Dubasari, où se trouve Dorotcaia. Son canton est de facto divisé en deux : une partie sous administration moldave et une autre sous contrôle transnistrien. Grigore Polichinski parle beaucoup d’ouverture, de dialogues, d’investissements et de développement du tourisme sur les berges de la rivière Dniestr, qui fait office de frontière. Mais il se montre bien impuissant pour résoudre les problèmes de cette école.

Grigore: J’étais le maire de Dorotcaia quand c’est arrivé, je croyais que la solution que l’on avait trouvé allait être provisoire. Et ça fait 12 ans. La situation est regrettable. D’un côté on permet à un groupe de citoyens de continuer à travailler et apprendre dans leur langue maternelle. Mais d’un autre côté, on limite les possibilités d’un autre groupe, les habitants du village, qui ne peuvent pas utiliser les bâtiments à plein temps.

L’école n’est qu’un des problèmes auxquels sont confrontés les habitants du canton, le long de la ligne-frontière.

Grigore Polinchiski parle aussi d’agriculteurs qui habitent dans le canton, mais qui possèdent leurs terres du côté transnistrien. Ils ont parfois toutes les difficultés du monde à transporter leurs produits de leurs fermes aux marchés, devant s’acquitter de droits de douane et d’amendes surprises.

Depuis son indépendance auto-proclamée en 1991, et après une guerre violente en 1992, la Transnistrie est dénoncée comme un régime autoritaire. Les services secrets, qui portent encore le nom de KGB, veillent à assurer la survie d’un Etat qui n’est pas reconnu sur la scène internationale. En conséquence, la Transnistrie ne brille pas par son respect des droits de l’homme.

A Chisinau, la capitale moldave, l’ONG Promolex s’est spécialisée dans la défense des victimes du système transnistrien. Des victimes qui ont peu d’alternatives. Ala Gherman vient de Transnistrie, où son frère a été emprisonné pendant deux ans, presque sans raison.

Ala: Les gens ont peur. Une fois que la justice a quelqu’un dans le collimateur, il n’y a personne là-bas qui peut les aider. Mon frère m’a appelé de la prison au téléphone pour me demander, à moi, de ne rien négocier avec un avocat de Transnistrie. Ils ne travaillent pas, ils ne font que collaborer avec la police. Aucun avocat là-bas ne veut créer de conflit avec les juges. Donc ils ne peuvent pas aider quand il y a un problème Pour ceux qui ont le choix entre un avocat de Transnistrie et de Moldavie, ils choisissent celui de Moldavie, malgré les problèmes de distance et d’argent.

Mais pourtant, les procédures judiciaires, même couronnées de succès, ne suffisent pas toujours. Ainsi l’ONG Promolex, qui défendait le cas du lycée de Dorotcaia, a obtenu gain de cause devant la cour européenne des droits de l’homme à Strasbourg, En octobre 2012, la cour a condamné la Russie, puissance occupante en Transnistrie, à payer plus d’1 million d’euros de dédommagement. Les plaignants attendent encore le versement de cette somme.

Pour l’heure l’école continue de fonctionner de cette manière bancale, comme tout le reste de la région. Mais quant aux élèves de l’établissement, beaucoup avouent envisager leur avenir ailleurs, et laisser derrière eux les problèmes de la Transnistrie

Ecouter le reportage ici

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