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RFI: Le foot ukrainien, une affaire de public

Séquence dans l’émission Bonjour l’Europe, le 12/10/2013

La France a brillé hier soir dans un match de football contre l’Australie, 6 à 0. Mais c’est aussi la grande période des matchs de qualification pour la coupe du monde de football. Et hier soir, il y avait, entre autres, un match Ukraine-Pologne. Il s’est déroulé à Kharkiv, la deuxième plus grande ville d’Ukraine. Mais l’atmosphère était toute particulière, puisqu’il a failli se dérouler sans spectateurs. C’était une décision annoncée par La FIFA, la Fédération Internationale de Football Association, pour sanctionner des comportements racistes de quelques supporteurs…

Photo: Ukrainski Tyzhden
Photo: Ukrainski Tyzhden

Mais donc finalement, il y a eu des spectateurs ?

Oui oui, le stade était plein. Je vous épargne le suspense tout de suite : c’est l’Ukraine qui a gagné le match 1-0, grâce à un but marqué par le jeune Andriy Yarmolenko. L’équipe n’est pas pour autant qualifiée pour le Mondial, mais c’est un pas de plus. Le match s’est bien passé, sans altercations, que ce soit sur le terrain ou dans les gradins.

Alors, l’Ukraine revient de loin dans cette affaire. Début septembre, alors que l’équipe nationale jouait contre Saint Marin, un large groupe de supporteurs ukrainiens avait mimé des attitudes de singe, multiplié les insultes contre l’équipe adverse et orchestré des salutations nazies. La FIFA s’était emparée du dossier. Le 27 septembre elle avait déploré je cite « plusieurs incidents racistes et discriminatoires ». Et décrété que l’Ukraine devrait dorénavant jouer ses matchs sans spectateurs et qu’ils ne pourraient plus se tenir dans le stade national de Lviv, dans l’ouest du pays. L’Ukraine était aussi condamnée à payer 36 000 euros d’amende.

Et finalement, le 8 octobre, la FIFA a annoncé que les spectateurs seraient autorisés, et qu’elle prendrait une décision définitive après le match. Petit détail quand même : le match s’est tenu à Kharkiv, et non à Lviv comme prévu.

Si on comprend bien, c’est parce qu’il y a plus de problèmes à Lviv qu’ailleurs ?

Alors, ce n’est pas exactement ça. La question ne se pose pas trop en terme de hooliganisme ou de violence particulière. Lviv, j’y suis en ce moment même. Hier soir, il faisait 20 degrés, c’était une belle soirée d’été indien, ou babine lito, l’été de la grand-mère, comme on dit en ukrainien, et l’ambiance était vraiment détendue. Mais vous savez, Lviv c’est aujourd’hui le fief d’un certain nationalisme ukrainien. Ici, on admire beaucoup l’Armée Insurrectionnelle Ukrainienne, l’OUPA, les résistants pendant la seconde guerre mondiale, et leur chef de file, Stepan Bandera.

Mais leurs histoires sont controversées, parce qu’ils sont accusés d’avoir commis des massacres sanglants pendant la guerre, et d’avoir collaboré avec les Nazis. L’utilisation de drapeaux, de photos, de symboles, est donc très connotée et provoque souvent des tensions. Et c’est aussi contre ça que la FIFA a réagi. Et hier soir, il y avait aussi un autre facteur de tensions potentielles : l’Ukraine jouait contre la Pologne, et il y a encore de sérieux contentieux entre les deux pays.

Ah bon ? On avait pourtant cru comprendre que la Pologne était le plus fidèle allié de l’Ukraine dans l’Union Européenne… ?

Oui, oui, vous avez raison. En fait tout se passe bien et les deux pays coopèrent très étroitement. A une exception près : l’histoire. Vous savez, tout ce qui est aujourd’hui l’ouest de l’Ukraine a été peuplé et contrôlé par les Polonais pendant des siècles. Ca a dégénéré pendant la seconde guerre mondiale par des massacres ethniques et l’expulsion en masse des Polonais. C’est une histoire qui reste encore très sensible. Par exemple, en juillet, le président polonais, Bronislaw Komorowski, s’était rendu à Lustk, au nord-ouest de l’Ukraine, pour y commémorer un massacre de Polonais commis par l’OUPA. Et vous savez, ça fait 70 ans. Mais il a été accueilli par des lancers d’oeufs.

Alors ce n’est pas que l’Ukraine soit un foyer de hooliganisme et de racisme. J’y habite, et je ne vois pas ça. Mais là, si la FIFA appelle à plus de sécurité pour prévenir des situations explosives, c’est aussi et avant tout de la pédagogie et un véritable travail sur l’histoire dont l’Ukraine a besoin.

Journaliste et voyageur, je suis un Européen d'origine française et observateur insatiable de la composition, décomposition et recomposition du continent. Depuis 2011 en Ukraine, je suis en permanence sur les routes, afin de suivre les évolutions et révolutions qui secouent ce pays. L'occasion d'affiner mon regard sur les différences - et ressemblances - qui font cette autre Europe.

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