Politique Société Ukraine

RFI: La Police ukrainienne, (se) Servir et (se) Protéger?

Reportage diffusé dans l’émission Accents d’Europe, le 04/10/2013

On sait bien depuis des mois qu’il y a un problème de justice sélective, notamment à travers l’emprisonnement de l’ancienne première ministre Ioulia Timochenko. Mais pour beaucoup, c’est l’arbre qui cache la forêt : il y a un problème systématique de violence policière, encouragé par une impunité non contestée. Le drame du viol et du tabassage d’une jeune fille dans le sud du pays avait déclenché une vague de protestations généralisées. C’était à la fin juin, mais ça se fait encore sentir, alors que le procès des agresseurs vient de s’ouvrir.

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On n’a jamais demandé autant de comptes à la police ukrainienne depuis la tragédie du petit village de Vradiivka, dans le sud du pays. A la fin juin, une jeune femme, Iryna Krashkova, avait été violée, battue et défigurée par trois hommes. Deux d’entre eux étaient des policiers, et la justice avait tardé à les arrêter.

L’apparente protection dont ils bénéficiaient avait provoqué des manifestations et des émeutes. Plusieurs commissariats avaient été pris d’assaut, à Vradiivka et ailleurs, par des groupes de citoyens en colère.

Les violeurs présumés ont été gardés sous cellule, et leur procès s’est ouvert le 26 septembre. Tous les regards se portent maintenant sur le tribunal, mais la tension n’est pas retombée pour autant. Vasyl Lyubarets est le coordinateur d’un mouvement civique baptisé « de Vradiivka au pays de l’amour ».

Son moyen d’action, c’est d’organiser des marches citoyennes, non politisées, à travers le pays.

Vasyl: Les principes du mouvement de Vradiivka, c’est d’être pacifique, d’être ouvert, de mener des actions de rue, et d’être prêt à faire des sacrifices. Personne ne peut le faire à notre place, et on n’obtiendra rien sans faire des sacrifices. Depuis le début, on essaye de faire comprendre aux gens que le changement, c’est notre propre responsabilité.

Il avait déjà mené une marche en juillet, sans qu’elle ait un impact sérieux. En ce début octobre, il avait prévu de coordonner différentes marches réunissant plusieurs milliers de personnes. Avec pour objectif d’obtenir la démission du Président Victor Ianoukovitch. A la dernière minute, il a tout annulé pour des raisons logistiques, et affirme vouloir donner une chance à la justice d’organiser un procès impartial.

Volodymyr Ivanov est un autre coordinateur du mouvement de Vradiivka. Tout en justifiant l’annulation de la marche, il affirme que le combat ne fait que commencer.

Volodymyr: Il est fort possible que certains se réjouissent que nous ne tenions pas la marche. Mais vous savez, nous avons voyagé à travers le pays, d’est en ouest. Et nous avons vu que les gens sont prêts. Ils sont prêts à agir. Nous avons tous le même combat. Et pas seulement pour réformer la police. Il y a une cible commune, et c’est le pouvoir en place.

Le pouvoir en place, et en l’occurrence, le ministère de l’intérieur, préfère ne pas faire de commentaires sur l’affaire et les critiques qu’elle soulève. Le ministre de l’intérieur, Vitalii Zakharchenko, a été très critiqué par l’opposition sur une gestion désastreuse de cette crise.

Serhiy Kaplin est un membre de cette opposition, député au sein du parti « Oudar », qui veut dire « coup de poing » en ukrainien, le parti d’opposition de l’ancien boxeur Vitali Klitschko.

Lui est très engagé dans toutes sortes de mouvements de protestation, et lui aussi demande la démission de Viktor Ianoukovitch. Mais d’après son analyse, le problème dépasse le seul cas de Vradiivka et tient à la nature même du régime politique.

Serhiy: Chaque année, le budget du Procureur Général augmente de 20%. La police, pareil. Le pouvoir est en train de militariser son système, de plus en plus, notamment en renforçant les unités de forces spéciales. Aujourd’hui, on peut voir qu’il y a littéralement un espèce de cordon de police qui est formé autour du peuple. Il y a une complicité grandissante entre les forces de l’ordre et le pouvoir, pour s’assurer que l’ordre règne. Sinon ça dégénérerait. Vous comprenez, pour le pouvoir, c’est la dernière barricade.

Pour Tetiana Mazur est directrice du bureau ukrainien d’Amnesty International. Elle va encore plus loin. Ce n’est ni la bonne tenue du procès de Vradiivka, ni le renversement du régime qui pourraient changer la situation. L’impunité de la police est un fléau avec lequel l’Ukraine a du se débattre depuis son indépendance en 1991.

Tetiana: Il y a un plus gros problème, plus systématique, c’est le manque de responsabilité de la police. Ils ne rendent de compte à personne. On peut réformer la police, recruter des candidats avec plus de qualifications, augmenter leurs salaires, renforcer leur sécurité sociale. Mais ça ne sera jamais suffisant. Très rapidement, ces policiers seront pervertis par le système. A moins qu’il y ait un mécanisme qui les rendent responsables de leurs actions.

A la fin novembre, l’Ukraine est censée signer un Accord d’Association ambitieux avec l’Union européenne. Son application garantirait la création de certains de ces mécanismes de contrôle. Mais bien plus que des protestations dans les rues ou une modernisation du système, c’est une bien révolution des mentalités qui est demandée, pour que la police ukrainienne se mette enfin au service des citoyens.

 Ecouter le reportage ici

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