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RFI: Indignation face à la possible augmentation des coûts des Marchroutki

Intervention dans la séquence « Bonjour l’Europe », le 16/09/2013

A Kiev, la capitale ukrainienne, il est difficile de trouver des lignes de bus régulières, mais la ville est parsemée de petits bus jaunes qui vont partout. Ces MARCHROUTKI sont des bus privés, qui ont comblé les déficiences du réseau public lors de l’effondrement du système soviétique. Les tickets sont un peu plus chers que les lignes régulières, le prix tourne autour de 2,5 Gryvnia, soit 20 centimes d’euros. Le transport est donc accessible. Mais on parle d’augmenter, voire de doubler le prix de ces tickets, et ça ne plaît pas à tout le monde…

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Pourquoi une telle hausse ?

Et bien en règle générale, en Ukraine comme ailleurs, tout augmente, et les marchroutki, le pluriel de marchroutka, n’y échappent pas. A Kiev, le prix des tickets n’avait pas augmenté depuis 2007. Les chauffeurs et leurs représentants affirment que désormais le système n’est plus rentable qu’à partir de 3,5 gryvnias le ticket au lieu des 2,5 en vigueur aujourd’hui, et que pour réaliser un bénéfice, il faudrait augmenter jusqu’à 5 gryvnas, soit 45 centimes d’euros par ticket.

Vous pouvez vous imaginer, l’annonce est impopulaire. Les marchroutki, ce sont des taxis collectifs privés qui ont pullulé non seulement à Kiev mais aussi dans la plupart des grandes villes de l’ex-URSS pour compenser la faillite du système public soviétique, comme vous l’avez mentionné. Maintenant, ces bus vont quasiment partout et ils sont très utilisés. A Kiev, la plupart des habitants résident dans des quartiers périphériques et donc dépendent de ce moyen de transport pour se rendre au travail. Et si on compte que le salaire moyen gravite autour de 400, 450 euros par mois, le doublement de coûts du transport serait rude pour des milliers de personnes.

Oui on comprend bien. Mais vous qui habitez à Kiev, dites comment ça fonctionne ce système de marchroutki? 

 Oui, je dois dire que ça m’a pris un certain temps pour comprendre comment ça marche, mais c’est très typique. Déjà les arrêts sont à peine marqués dans la rue. On les repère à une file de gens qui attendent. Les marchroutki portent très peu d’indications quant à leurs destinations, et donc en général les passagers savent où ils doivent aller avec quel minibus. Le nombre de places n’est pas limité. Donc tant qu’on peut monter, on y va, Selon mes estimations, jusqu’à 50 personnes peuvent tenir dans un minibus d’une vingtaine de places assises. Une fois à l’intérieur, il s’agit de faire remonter l’argent du trajet jusqu’au chauffeur, qui ne donne aucun ticket, aucun récépissé en retour. Aucun contrôleur ne viendra vérifier qu’on a bien payé, mais le chauffeur est en général intraitable et réclame l’argent à tous ceux qui montent. D’une manière ou d’une autre, il sait qui a payé ou pas. Et pour descendre, c’est aussi assez intuitif, il s’agit de crier bien fort pour demander un arrêt. C’est assez rudimentaire, mais ça marche. Et comme je le disais, ces mini-bus vont quasiment partout, donc ils sont pour l’instant indispensables.

Parce que les autres moyens de transport, ça ne marche pas ?

Si, les lignes existantes marchent bien, mais elles sont limitées. Bus, trolleybus, tramways, tout cela date de l’époque soviétique, ça a été à peine modernisé et étendu depuis. Pareil pour le métro, une prouesse de la technologie soviétique il faut le dire, une des grandes fiertés de la ville. Très accessible aussi puisque le jeton de métro coûte 2 gryvnias, soit 15 centimes d’euros. Mais il n’y a que trois lignes pour une métropole d’au moins 3 millions d’habitants, ça ne suffit pas.

Alors la municipalité est en lutte contre le système des marchroutki depuis des années. Et elle s’est réjouie de l’annonce de la hausse des prix des marchroutki, car cela pourrait ramener plus de voyageurs vers les lignes régulières. Mais il s’avère que celles-ci seraient très vite saturées. Des nouvelles lignes de métro sont en prévision, une modernisation du système tarifaire aussi, notamment la création d’un titre de transport unique sur toute la ville, mais on est encore loin d’aboutir à des résultats. Et ça, en plus des conséquences sociales que cela a sur la population, ça montre bien que 22 ans après l’indépendance de l’Ukraine, la ville de Kiev a encore du mal à penser le système d’intérêt public.

 Ecouter la séquence ici

 

Journaliste et voyageur, je suis un Européen d'origine française et observateur insatiable de la composition, décomposition et recomposition du continent. Depuis 2011 en Ukraine, je suis en permanence sur les routes, afin de suivre les évolutions et révolutions qui secouent ce pays. L'occasion d'affiner mon regard sur les différences - et ressemblances - qui font cette autre Europe.

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