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RFI (+Diaporama): 30.000 Juifs orthodoxes en Ukraine

Reportage diffusé dans l’émission Accents d’Europe, le 09.09.2013

Roch Hachanna, le nouvel an juif, c’était la semaine dernière. Dans le centre de l’Ukraine, dans la petite ville d’Ouman, la fête a pris une dimension toute particulière. Un pèlerinage des Juifs hassidiques, un mouvement orthodoxe du judaïsme, y a lieu chaque année, qui réunit environ 30.000 pèlerins venus des 4 coins du monde. Un événement qui en dit long sur l’histoire du pays, mais aussi sur l’état des relations inter-communautaires.

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Photos: Andrii Bashotvyi

Entre éclats de rire, chants, danses et prières, ce sont au bas mot 30 000 personnes qui déambulent sur ce qui est devenue provisoirement  l’artère principale d’un immense quartier juif. L’ambiance est électrique sur la rue Pouchkina à Ouman. Depuis la seconde guerre mondiale, la communauté juive locale a quasiment disparu, et les pèlerins ont afflué de nombreux pays du monde, en premier lieu d’Israël, des Etats-Unis et de France, pour célébrer Roch Hachanna, le nouvel an, et rendre hommage au rabbin Nahman de Bratslav, l’un des fondateurs du Hassidisme. A sa mort en 1810, le rabbin avait demandé à être enterré ici afin de commémorer un massacre de 20.000 Juifs au 18ème siècle.

Au milieu de synagogues, de stands de nourriture et de boutiques de souvenirs, se promène Ruben, un pèlerin venu de Paris. C’est la troisième fois qu’il vient. Pour lui, c’est un endroit tout particulier pour fêter la nouvelle année.

Ruben:

Chez tous les pèlerins interrogés, on ressent la même motivation. Et de la motivation, il en faut, car le transport vers l’Ukraine et l’hébergement sont de véritables casse-têtes. Ouman est une ville de quelques 85 000 habitants et les hôtels de la ville ne peuvent accueillir que 5.000 personnes. Le nombre de pèlerins juifs augmente chaque année, et les structures de la ville sont soumises à rude épreuve.  Dans les rues du quartier juif, je rencontre le rabbin Michael Baron, qui dirige une synagogue dans le 19ème arrondissement de Paris et qui a fait le voyage avec un groupe de fidèles. Il explique que malgré tout, tout se passe  bien, car les Ukrainiens ont bien compris leur intérêt à assurer confort et sécurité. (Non, ils ont tous le même avis)

Rabbin Michael: Ce qu’il faut savoir que les Ukrainiens quittent leurs maisons, ils nous les louent, aux estivants juifs qui arrivent. Il n’y a que des Juifs ici. Le reste, les non-Juifs qui sont ici, ce sont essentiellement l’armée, ils sont là pour nous protéger. Il y a quelques années, j’ai entendu dire qu’il y avait eu une manifestation en ville contre la présence juive. Mais bon, l’armée a calmé les ardeurs…

De nombreux projets sont d’ailleurs dans les cartons pour construire des logements en dur et une nouvelle synagogue pouvant accueillir jusqu’à 22.000 croyants,… Elle deviendrait alors la plus grande synagogue du monde.

Ces projets détonnent dans un pays où les Juifs semblent appartenir à l’histoire. Daniel Epstein, chercheur et professeur d’hébreu à Kiev, souligne le fossé entre les pèlerins et la population ukrainienne.

Daniel: Les gens à Ouman, qui louent leurs appartements et font des affaires, veulent buien sûr éviter tout conflit. Mais les médias ukrainiens publient des statistiques montrant que de nombreuses personnes à Ouman sont opposées à la tenue du pèlerinage. Quant aux activistes ukrainiens d’extrême-droite, ils sont persuadés eux que  l’Ukraine a une histoire ukrainienne, et que l’histoire des Juif ne fait pas du pays.

A quelques centaines de mètres du quartier juif, autour de la place Lénine, seules quelques publicités rappellent la tenue du pèlerinage. Ici la vie continue comme d’ordinaire, et l’effervescence des pèlerins n’est pas toujours bien vue. Le représentant local du parti nationaliste Svoboda, Anatoliy Panasenko, ne se dit pas clairement opposé au pèlerinage. Mais il trouve le comportement des visiteurs choquant.

Anatoliy: Moi je perçois un certain nombre de signes négatifs à l’encontre des Ukrainiens. En premier lieu, même si les gens ne se comprennent pas, on peut voir que les pèlerins hassidiques sont hautains, distants face aux habitants. Et puis vous savez, ces gens ne sont pas d’ici, et d’ici quelques jours ils seront partis. Mais ils se comportent comme les maîtres des lieux. Ils arrivent, ils achètent tout ce qu’ils veulent, et ils se montent impolis. C’est un peu comme si on hébergeait des invités, mais ils nous font comprendre qu’en fait, c’est nous, les invités.

Il promet une marche de protestation contre la tenue du pèlerinage, prévue pour le 12 septembre. En attendant, les pèlerins se sont offusqués de la présence d’une croix chrétienne aux abords du quartier juif, qui aurait perturbé leurs célébrations. Des croix oui, mais pas sur notre trajet se justifiaient ils. Aujourd’hui comme hier, la bonne cohabitation entre communautés semble conditionnée à leur indifférence mutuelle.

Ecouter le reportage ici

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