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RFI: Femen; leurs seins, leurs seules armes?

Intervention dans la séquence Bonjour l’Europe, le 31/08/2013

 

Mise à jour à la mi-journée, 31/08/2013: Les fondatrices des Femen Yana Zhdanova, Anna Hutsol et Alexandra Shevchenko ont annoncé avoir quitté l’Ukraine entre le 30 et le 31 août, afin d’échapper à une mise en détention à Kiev. Plus d’informations sur le site officiel de l’organisation

Les Femen font beaucoup parler d’elles en France et dans de nombreux pays du monde. Mais dans leur pays d’origine, l’Ukraine, ça sent de plus en plus le roussi pour l’organisation. Ces dernières semaines, plusieurs des célèbres activistes aux seins nus ont été la cible d’agressions physiques, de pressions policières, et elles viennent de fermer leur bureau à Kiev. Même si ça ne remet pas en cause leur existence en tant que tel, c’est tout de même révélateur d’une évolution liberticide en Ukraine.

femen_office_kiev_anna_hutsol_08_27_2013

Que s’est-il passé ?

Et bien c’est vraiment ce que vous avez dit. Ca sent le roussi pour les Femen en Ukraine. Vous savez que plusieurs activistes se sont plaint d’avoir été agressées et battues par deux fois cet été, à la fin juillet et à la mi-août. Elles avaient aussi publiquement annoncé qu’elles étaient sur écoute dans leur bureau de Kiev. Et bien, le mardi 27 août, c’est une équipe des forces spéciales ukrainiennes qui fait une descente dans leurs locaux, soi-disant pour traiter d’une alerte à la bombe. Finalement, aucune bombe dangereuse n’est trouvée, mais la police déniche et confisque un pistolet et une grenade. Deux militantes sont placées en garde à vue pour la nuit. Et le lendemain, le groupe déclare craindre pour sa sécurité et ferme définitivement son bureau à Kiev.

Pour les Femen, tout cela est une provocation et un complot des services secrets ukrainiens et russes, qui tenteraient de les empêcher de mener leurs actions. Alors, ce n’est pas encore la fin pour le groupe en Ukraine, mais les activistes sont sous le coup d’une enquête pour possession illégale d’armes à feu. Elles encourent entre 2 et 5 ans de prison.

Mais que les allégations des Femen soient avérées ou non, c’est une évolution radicale. Leur sécurité était bien assurée auparavant, non ?

Tout à fait. Les méthodes provocatrices et irrévérencieuses du groupe sont connues depuis 2008-2009 en Ukraine, mais jamais les militantes n’avaient été exposées à de telles menaces. Il faut rappeler que le groupe est quand même en disgrâce depuis un an : les militantes, très anticléricales, avaient entrepris de scier une croix en bois, dressée au-dessus de la place de l’indépendance à Kiev. Mauvais calcul, car en plus d’être un symbole religieux, la croix était aussi dédiée aux victimes du stalinisme. Ca a été le début d’une disgrâce des Femen et des premières poursuites judiciaires sérieuses. Et rappelez-vous ; c’est à cette occasion qu’Inna Schevchenko, la nouvelle effigie des timbres postaux français, avait reçu l’asile politique en France et avait ouvert le bureau parisien des Femen !

Alors, encore une fois, il est très difficile de démêler le faux du vrai dans cette affaire. Mais vous savez, l’hypothèse d’une persécution orchestrée par les services secrets n’est pas à exclure. On assiste ici en Ukraine à une mise au pas d’activistes, de personnalités politiques et de médias qui déplaisent au régime du Président Victor Ianoukovitch. Parfois avec plus ou moins de subtilité… Et donc dans un contexte de plus en plus liberticide, il est fort possible que les Femen, qui agacent depuis des années, comptent désormais parmi les victimes de cette mise au pas.

Mais dites nous, si les Femen sont en exil ou persécutées, il reste quand même des féministes en Ukraine?

Oui, ne vous en faites pas. Vous savez, l’Ukraine, de par son héritage soviétique, a quand même sa propre tradition de féminisme et d’émancipation de la femme. Avec des hauts et des bas, mais ça marche. Des groupes comme l’Union des Femmes d’Ukraine ou Feministichna Offensyva n’ont certes pas les mêmes méthodes spectaculaires que les Femen. Mais au moins elles proposent une réflexion de fond que les activistes aux seins nus ont toujours peiné à développer.

Et puis ici, ça fait longtemps qu’elles ne sont plus considérées comme des féministes mais comme des trouble-fêtes politiques. Sans compter que leur mode de fonctionnement, leur financement, et le recrutement de certains de leurs membres ont toujours été très opaques. Et pour dire les choses, l’opinion publique et les médias se sont lassés d’elles depuis longtemps, et elles sont bien plus médiatisées en France qu’ici.

Journaliste et voyageur, je suis un Européen d'origine française et observateur insatiable de la composition, décomposition et recomposition du continent. Depuis 2011 en Ukraine, je suis en permanence sur les routes, afin de suivre les évolutions et révolutions qui secouent ce pays. L'occasion d'affiner mon regard sur les différences - et ressemblances - qui font cette autre Europe.

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