Santé Société Ukraine

La Libre Belgique: La Tuberculose contre-attaque

Article publié dans La Libre Belgique, le  29/07/2013

Quasiment vaincue sous l’ère soviétique, la tuberculose affecte aujourd’hui 47 000 Ukrainiens. Elle connaît une recrudescence en Belgique également. Un sanatorium sera mis en place à l’hôpital Saint-Pierre.

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Ils m’ont dit qu’ils ne me reprendraient dans le programme que sur un brancard. Je suis condamné à mourir à petit feu. » A Kirovograd, dans le centre de l’Ukraine, Igor a 44 ans. La toux persistante, il est atteint d’une forme ouverte et contagieuse de tuberculose. A la mi-juin, il a été renvoyé de son programme de traitement pour raison disciplinaire, et n’a plus accès à aucun soin. « Je ne suis pas un saint, c’est sûr. Mais je ne crois pas que mon comportement soit une raison suffisante pour me renvoyer sans appel. Je suis livré à moi-même, je prends le bus, je vais dans des magasins où je peux contaminer d’autres personnes. »

Le cas d’Igor est loin d’être isolé. Quelques jours plus tôt, une quinzaine de malades ont été congédiés d’un dispensaire de Kirovograd et renvoyés en ville. Olga Merkulova, vice-médecin en chef, estime pourtant avoir fait tout son possible. « Nous avons affaire à des patients difficiles : des usagers de drogue, des alcooliques, des détenus. Certains d’entre eux refusent de se plier aux règles du dispensaire et sont incontrôlables. Il faut agir en conséquence pour pouvoir continuer à traiter le plus grand nombre. »

Dans la cour de l’établissement, un groupe de patients s’indignent contre des conditions sanitaires précaires et le traitement brutal que leur réserve le personnel médical. Visiblement inquiets d’une possible punition, ils racontent qu’un malade de la tuberculose est arrivé au dispensaire fin juin. Il lui manquait les justificatifs nécessaires, et il s’est vu refuser son admission. Après avoir dormi trois jours dans le parc du dispensaire, il a finalement été pris en charge, mais est mort quelques jours plus tard.

Manque d’hygiène

Si la tuberculose semblait quasiment vaincue sous le régime soviétique, la détérioration des conditions de vie et d’hygiène dans les années 1990 a conduit à une explosion du nombre de contaminations. Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), qui a déclaré un état d’épidémie dès 1995, 47000 personnes vivaient avec la tuberculose en 2011. 90 % des Ukrainiens seraient porteurs de la mycobactérie sous une forme passive, soit le niveau de l’Europe de l’Ouest après 1945, et 17 % des malades sont également porteurs du virus du VIH.

« La situation à Kirovograd est particulièrement dramatique, mais ce n’est qu’un révélateur de ce qui se passe ailleurs en Ukraine« , assure Dmytro Sherembey, directeur de l’UCAB, le conseil consultatif communautaire ukrainien à Kiev, qui s’est donné pour mission de défendre les droits des patients atteints de maladies infectieuses. « Les patients souffrent d’une forte discrimination de la part des médecins. Mais le cœur du problème, c’est qu’ils n’ont pas suffisamment de traitements à leur donner ! Au niveau de l’Etat, il y a de grandes insuffisances avec les appels, et, bien entendu, la corruption. »

Le sort des malades importe peu

Depuis 2011, l’Ukraine bénéficie du soutien financier du Fonds mondial de lutte contre le VIH, la tuberculose et la malaria, à hauteur de 32 millions de dollars. Le principal récipiendaire de l’aide est aujourd’hui l’Etat, assisté par de grandes organisations ukrainiennes et internationales. Malgré un discours politique volontariste, l’action publique reste soumise à des lourdeurs administratives et à des dysfonctionnements problématiques. En 2011, par exemple, un scandale dans la négociation d’un appel d’offres avait provoqué une pénurie de médicaments anti-tuberculose et l’interruption de traitements pour des centaines de malades. « C’était juste une question de procédure, c’est du passé« , assure Tetiana Aleksandrina, chef du Service d’Etat contre les maladies infectieuses à Kiev.

Un soutien jusqu’en 2015

« La situation est difficile, en particulier au vu de nombreux patients issus de couches défavorisées de la population, qui ne veulent pas se soigner. Mais l’épidémie est aujourd’hui sous contrôle, et la politique de l’Etat s’améliore au fil du temps, avec la pratique. »  » L’épidémie n’est pas maîtrisée. C’est juste une question de statistiques, un jeu sur les diagnostics« , conteste Dmytro Sherembey qui rappelle que selon toutes les estimations, le Fonds mondial devrait cesser son soutien à l’Ukraine à partir de 2015. « Ce qui va se passer après, personne ne le sait. Mais c’est dès aujourd’hui qu’il faut agir. Parce que dans ce pays, le sort des malades importe peu. »

Voir l’article en ligne ici

Journaliste et voyageur, je suis un Européen d'origine française et observateur insatiable de la composition, décomposition et recomposition du continent. Depuis 2011 en Ukraine, je suis en permanence sur les routes, afin de suivre les évolutions et révolutions qui secouent ce pays. L'occasion d'affiner mon regard sur les différences - et ressemblances - qui font cette autre Europe.

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