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RFI: Le difficile asile des réfugiés en Ukraine

Reportage diffusé dans l’émission Accents d’Europe, le 07/06/2013

 

L‘Ukraine a ratifié la Convention de l’ONU relative au statut des réfugiés, la Convention de Genève, en 2003. Dix ans plus tard, c’est loin d’être devenue une terre d’accueil idéale pour les quelques 2500 réfugiés enregistrés. Le Haut Commissariat de l’ONU pour les Réfugiés ou encore l’ONG Amnesty International expriment de sérieuses inquiétudes, notamment sur le l’expulsion de réfugiés vers des pays où ils risquent gros. Mais pour les réfugiés vivant dans le pays, la situation n’est pas meilleure. A Kiev, la fermeture programmée d’un centre d’intégration cristallise cette situation.

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Au cœur du quartier de Troeishina, un des districts les plus reculés et défavorisés de Kiev, le centre d’intégration pour les réfugiés abrite des cours de langue, des activités pour les enfants ou encore un centre informatique. Un lieu de vie essentiel pour les quelques 1000 réfugiés qui résident à Kiev, mais qui est menacé de fermeture. La communauté, longtemps soutenue par des organismes internationaux, n’a plus les moyens de payer les quelques 150 euros par mois de loyer. La directrice, Karima Mohammad, ancienne réfugiée d’Afghanistan aujourd’hui citoyenne ukrainienne, dénonce une affaire d’argent opaque, qui a fait fuir les donateurs internationaux. Mais elle n’accepte pas que tout le monde se désintéresse de la situation.

 

Karima: Pour nous, c’est l’Etat qui doit prendre le relais, c’est le service des migrations qui s’occupe des réfugiés. Ca fait déjà 15 ans que nous maintenons ce centre en activité, vous voyez combien de personnes viennent ici, vous voyez que c’est important pour les enfants, pour les femmes. La salle de classe est pleine pour les cours d’ukrainien. Donc nous demandons de ne pas être fermés. Pour tous les réfugiés de Kiev, il n’y a qu’un centre d’intégration. C’est important.

 

Du côté du service des migrations, le son de cloche est différent. Nataliya Naumenko, directrice du département des réfugiés, estime en faire déjà suffisamment.

Nataliya Naumenko : Nous comprenons très bien que la fermeture de ce centre serait un coup dur pour les réfugiés, et nous faisons le maximum pour trouver des alternatives, pour trouver un autre endroit pour le centre et pour trouver des ressources. La construction de centres du même type est prévue par notre programme d’intégration sur les prochaines années. Mais je dois souligner qu’à la base, nous ne sommes pas en charge de ce centre, ni le budget d’Etat ni celui du centre des migrations n’ont jamais soutenu ce centre.

 

Pour le service des migrations, il conviendrait donc de construire de nouveaux lieux d’accueil des réfugiés plutôt que de conserver celui déjà en opération. Une construction qui reste floue et ne se concrétiserait que d’ici quelques années. Pour Nataliya Gourjii, directrice de l’association « Rokada » qui assiste les réfugiés en Ukraine depuis des années, la fermeture programmée de ce centre d’intégration est un révélateur des insuffisances du système d’asile en Ukraine. Elle dénonce un cauchemar quotidien pour les réfugiés, qui peuvent attendre jusqu’à 6 ou 7 ans la régularisation de leur statut.

 

Nataliya Gourji: Le système public de prise en charge des réfugiés est très insuffisant. Quand des réfugiés arrivent dans un nouveau pays, il leur faut apprendre la langue, en comprendre les traditions, être assistés dans la recherche d’un logement et trouver un travail. Mais en Ukraine, il n’y a pas de centre de logement temporaire, il n’y a pas d’aide financière aux personnes ou aux familles, pas de cours de langue, pas d’assistance sociale, et il faut des mois, voire des années, avant de pouvoir obtenir un permis de travail. Comment sont-ils censés survivre ? Et ce sont des problèmes qu’il faut régler à l’arrivée de chaque nouveau demandeur d’asile.

 

Oldrich Andrysek est le représentant régional du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés à Kiev. D’après son expérience, la situation des réfugiés en Ukraine est plus difficile qu’ailleurs. La situation en Moldavie ou au Bélarus, pays dont il a aussi la charge, serait ainsi moins dramatique. En Ukraine, le cœur du problème tiendrait à des insuffisances législatives et techniques, mais surtout à un décalage entre le discours politique et la pratique.

 

Oldrich: Pour l’instant, personne ne demande à l’Ukraine d’accepter un très large nombre de personnes. Dans les derniers mois, la Turquie a accepté près d’un demi-million de réfugiés! En Ukraine, il y a 2500 réfugiés, et 1500 personnes en cours de demande. Et pourtant, 90% sont rejetés. A partir de là, ils ont peu d’options, à part trouver un passeur, payer pour un faux passeport et partir. Et c’est ça que l’on attend de l’Ukraine : si elle a signé la Convention de Genève, c’est pour contribuer à assurer une protection internationale aux individus.

 

Il y a deux ans, c’est Oldrich Andrysek qui a décidé d’arrêter de financer le centre d’intégration, car il ne savait pas où partait l’argent du loyer et souhaitait se recentrer sur d’autres priorités plus pressantes. Pour lui c’est à l’Etat de faire le ménage dans ses comptes et de prendre le relais.

Les réfugiés présents dans le centre d’intégration n’ont pas l’impression d’être la cible d’une discrimination xénophobe ou raciste, mais bien d’être les victimes d’une sinistre affaire d’argent. Si la fermeture s’avère définitive, ils organiseront quelques manifestations, comme ils l’ont déjà fait dans le passé. En espérant que quelqu’un leur vienne en aide et en attendant une hypothétique prise en charge par l’Etat ukrainien.

Ecouter le reportage ici

Journaliste et voyageur, je suis un Européen d'origine française et observateur insatiable de la composition, décomposition et recomposition du continent. Depuis 2011 en Ukraine, je suis en permanence sur les routes, afin de suivre les évolutions et révolutions qui secouent ce pays. L'occasion d'affiner mon regard sur les différences - et ressemblances - qui font cette autre Europe.

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