Société Ukraine

RFI: Mères porteuses en Ukraine, légal et lucratif

Reportage diffusé dans Accents d’Europe, le 01/03/2013

En Ukraine, le recours à la Gestation Pour Autrui, c’est-à-dire l’utilisation de mères porteuses, est autorisé depuis 2004. C’était au départ une réponse au très faible taux de fécondité dans le pays, un des plus bas du monde. Mais le phénomène s’est aussi développé en une industrie bien huilée, qui sert à des centaines de couples, notamment étrangers, qui ne peuvent pas avoir d’enfants. Il y a parfois des complications, voire des drames, très médiatisés, mais la pratique est bien établie, et il y a des mères porteuses heureuses. Sébastien Gobert a rencontré l’une d’elles à Kiev.

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Elle a une allure élégante, des gestes gracieux, et une candeur qui semble la protéger du reste du monde. Tanya est une jeune Ukrainienne de 30 ans, avocate de formation, mariée et deux enfants. Mais quand elle prend place au bureau de la directrice de l’Agence Internationale de Soutien aux Technologies Reproductives, l’IRTSA, à Kiev, son corps ne lui appartient plus tout à fait. Il y a quelques semaines, on lui a implanté 4 embryons issus d’un autre couple, et elle attend leurs jumeaux. La naissance est prévue pour août, elle se dit ravie.

Tanya: Ce que je veux faire, c’est aider les autres. Quand on arrive à mon âge, on se demande ce qu’on peut faire pour les autres. Je pense que c’est un très bon moyen. J’entends beaucoup de gens qui sont contre le recours aux mères porteuses mais pour moi, c’est juste de l’égoïsme. Un enfant, je pense que c’est un don de Dieu vous savez, ça donne un nouveau sens à la vie des parents. Alors Si on a l’opportunité de permettre à un couple d’avoir un enfant, il faut le faire.

Comme elle le raconte, l’idée lui est venue spontanément, à la fin 2012. Elle lit un article sur la gestation pour autrui aux Etats-Unis et elle s’inscrit sur un coup de tête sur le site de l’IRTSA, une agence de médecine reproductive parmi les plus sérieuses d’Ukraine. On estime qu’il y a au moins 150 naissances par an à travers la Gestation pour Autrui dans le pays. Depuis 2009, ce sont 40 enfants qui sont nés à travers l’agence, dont 40% de jumeaux. Kristina Beleva, la directrice, fait du processus de sélection une garantie de ce succès.

Kristina: C’est à la mère porteuse de faire le premier pas en remplissant un formulaire de candidature sur Internet. Si le profil correspond, on la contacte, elle vient ici, elle passe une série d’entretiens avec moi, avec nos spécialistes, nos docteurs, on lui fait passer des tests psychologiques, des prises de sang, des tests anti-narcotiques, toute la panoplie. Et puis il faut aussi s’assurer de son environnement familial et social, que son mari soit d’accord, qu’elle n’ait pas de dettes, qu’elle ne le fasse pas sous la pression ou qu’elle en vienne à réclamer des droits sur l’enfant après la naissance. On s’efforce de tout contrôler, pour éviter les situations dramatiques. Et une fois que le contrat est signé, les parties s’exposent à de lourdes pénalités si quelque chose tourne mal pendant la grossesse.

En Ukraine, l‘encadrement législatif est encore un peu flou, et certaines agences et cliniques ne s’embarrassent pas de précautions. Des cas de grossesses peuvent parfois virer au drame, soit que la mère porteuse y perde sa santé et son argent, où alors que le statut de l’enfant ne soit pas reconnu par le pays des parents. En 2011, un couple de français avait été bloqué à la frontière ukrainienne pour avoir tenté de sortir clandestinement leurs jumelles nées d’une mère porteuse. Les parents avaient utilisé les services d’une clinique peu soucieuse du fait que la France n’autorise pas la Gestation Pour Autrui. Après des mois de cauchemar juridique, les petites se sont vues attribuées la citoyenneté ukrainienne et un permis de séjour en France, seule solution pour qu’elles puissent rentrer avec leurs parents biologiques.

A l’inverse, les parents qui choisissent l’IRTSA doivent fournir un certificat d’infertilité et provenir d’un pays où le recours aux mères porteuses est autorisé, afin que la reconnaissance de l’enfant ne posera pas de problème.

Ici, on assure que tout est fait selon un contrat bien clair, et qu’on a pas encore connu de gros problème. Le prix que les parents paient est aussi vu comme une garantie de leur bonne volonté, puisqu’ils versent au minimum 28.000 euros à la mère pour prendre en charge la grossesse et acquérir le bébé.

Inna Kischchuk, avocate de l’Agence, trouve étranges les critiques occidentales à l’encontre de la gestation pour autrui . Elle considère au contraire que cette pratique devrait être encouragée.

Inna: Je ne pense pas que ça soit contraire à l’éthique. Ce n’est pas de la prostitution, ça ne se fait pas sous la pression ou dans de mauvaises conditions. C’est pour aider certaines personnes à avoir des enfants. Les deux parties se mettent d’accord et signent un contrat. Et ici, ce n’est pas du marché noir. Tout est légal, rien en-dessous de la table, nous avons un contrat, des règles. Peut-être d’un point de vue religieux, ça peut sembler contraire à l’éthique. Mais d’un point de vue légal, ou même social, je ne pense pas que ça pose problème.

Tanya la mère porteuse, assure qu’il n’y a vraiment pas de problème. Elle a développé une relation intime avec les parents donneurs, qui sont de riches Ukrainiens. Apparemment, ils sont aux petits soins pour elle.

Tanya: Pour moi, le respect de la mère porteuse est essentiel. J’ai beaucoup de chance, parce que les parents s’occupent très bien de moi, ils m’appellent tous les jours, des fois ils me proposent d’apporter à manger, de me conduire d’un endroit à l’autre. Des fois la mère appelle et elle m’explique qu’elle a aussi l’impression qu’elle porte elle aussi les enfants. Ils s’intéressent à tout, ils sont très présents. Pour moi, c’est très important car je vois que l’enfant grandira dans une très bonne famille.

Et elle reste lucide quant aux enfants qu’elle porte et la suite des opérations. Elle affirme qu’elle fait bien la différence, elle est très heureuse avec sa propre famille, et bien soutenue par son mari qui respecte son choix. Et d’ailleurs, elle a déjà envie d’avoir un nouvel enfant, avec lui cette fois.

Ecouter le reportage ici

Journaliste et voyageur, je suis un Européen d'origine française et observateur insatiable de la composition, décomposition et recomposition du continent. Depuis 2011 en Ukraine, je suis en permanence sur les routes, afin de suivre les évolutions et révolutions qui secouent ce pays. L'occasion d'affiner mon regard sur les différences - et ressemblances - qui font cette autre Europe.

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