Politique Ukraine

RFI: Sommet UE-Ukraine

Intervention dans l’émission « Bonjour l’Europe », le 25/02/2013

La relation a été plutôt tendue ces dernières années entre l’Union Européenne et l’Ukraine. On a beaucoup critiqué le président Victor Ianoukovitch, en poste depuis exactement trois ans, pour sa dérive autoritaire, pour une utilisation sélective de la justice, par exemple dans l’emprisonnement de son opposante politique, l’ancienne première ministre Ioulia Timochenko, ou encore pour une corruption rampante. Alors c’est pour tenter de décomplexer le dialogue que les Européens accueillent les Ukrainiens aujourd’hui à Bruxelles lors d’un sommet de haut niveau.

image-uploadPhoto: Sommet de 2011. Europa.eu

 

Qu’est-ce qu’on peut attendre concrètement de ce sommet ?

Concrètement, pas grand chose. Quelques discours officels et la signature de quelques protocoles de coopération, notamment sur l’énergie et sur les investissements étrangers. Mais rien qui pourrait vraiment défrayer la chronique. Et puis comme vous le rappeliez Les Européens se sentent de plus mal à l’aise avec le président Victor Ianoukovitch. Il y a quelques mois, la chancelière allemande Angela Merkel avait d’ailleurs qualifié le régime actuel de dictature.

Aujourd’hui, c’est un peu un sommet de la dernière chance pour un rapprochement entre l’Union et l’Ukraine, notamment pour débloquer la signature d’un Accord d’Association très ambitieux. L’accord vise à renforcer l’Etat de droit en Ukraine, il établirait une vaste zone de libre-échange et pourrait aussi assouplir le régime de visa Schengen pour les Ukrainiens. Les bénéfices pour les deux parties pourraient être colossaux. Mais après des années de négociations, la signature est bloquée. La commission européenne s’impatiente, et d’ailleurs elle a posé un ultimatum à l’Ukraine. Il faut signer avant un sommet qui se tiendra en novembre 2013, ou bien passer à côté d’une chance historique.

Mais on n’a pas l’impression que le gouvernement ukrainien soit prêt à adopter les réformes nécessaires. Est-ce que ça vaut encore la peine de parler aux Ukrainiens ?

Et bien c’est un pari politique. Il est vrai que le pays fait grise mine. On y vit bien, ce n’est pas non plus un etat de terreur. Mais l’Ukraine n’en finit pas d‘etre pointee du doigt par lesobservateurs internationaux comme Freedom House ou Reporters sans Frontières. Par exemple, la situation avec la justice selective ne s’arrange pas: Pendant deux ans, les Européens ont refusé d’organiser le sommet pour protester contre l’emprisonnement de l’ancienne égérie de la révolution orange, Ioulia Timochenko. Elle est encore prison pour 6 ans, et il y a en ce moment deux autres procès ouverts contre elle, notamment un pour complicité de meurtre dans une affaire qui remonte a 1996. La elle encourt la prison à vie. On y voit une persécution politique très claire.

Mais néanmoins, il fallait organiser ce sommet, parce l’Ukraine est de plus en plus courtiseea l’Est pourrejoindre une union douanière formée par la Russie, le Bélarus et le Kazakhstan. Si elle y adhérait, les perspectives d’intégration européenne du pays seraient alors sérieusement remises en cause. L’Union européenne y perdrait énormément d’influence politique et l’accès au marché ukrainien serait plus compliqué. Alors c’est aussi le moment de tendre la main.

Et si on regarde la situation domestique, ça exactement fait 3 ans, aujourd’hui 25 février, que le président Ianoukovitch est au pouvoir. Quel bilan les Ukrainiens en retirent ?

Et bien c’est un bilan très terne. Hormis tous les problèmes que l’on a deja évoqué, le pays est en récession économique, en pourparlers avec le FMI pour obtenir une aide internationale. Il y a de fortes tensions sociales, et la question epineuse de la dependance au gaz russe n’est toujours pas reglee.

Ici, on ne sait pas trop si c’est la faute a la conjoncture internationale ou a l’incompetence du gouvernement. Mais ce qui est sur, c’est que les proches de Victor Ianoukovitch ont concentre l’essentiel du pouvoir et des avantages economiques dans leurs mains. Ici on appelle ca la « famille ». La référence mafieuse est explicite. Et c’est precisemment cette famille qui est accueillie aujourd’hui a Bruxelles.

Ecouter l’intervention ici

 

Journaliste et voyageur, je suis un Européen d'origine française et observateur insatiable de la composition, décomposition et recomposition du continent. Depuis 2011 en Ukraine, je suis en permanence sur les routes, afin de suivre les évolutions et révolutions qui secouent ce pays. L'occasion d'affiner mon regard sur les différences - et ressemblances - qui font cette autre Europe.

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