Société Ukraine

La Libre Belgique: Ukraine: Quand l’Etat ne veut pas vraiment guérir le SIDA

Article publié dans La Libre Belgique, le 20/02/2013

Le gouvernement est critiqué pour son inaction et complique la tâche des ONG.

L’Ukraine a célébré la semaine dernière ses « Journées du préservatif ». Dans douze grandes villes du pays, des ONG de lutte contre le sida ont organisé, avec un certain entrain, des évènements de sensibilisation et de dépistage. « Plus de 20 000 préservatifs ont été distribués gratuitement et, à Kiev seulement, 519 personnes se sont fait dépister le 10 février; 7 d’entre elles ont été testées séropositives, explique Constance Boris, responsable régionale de plaidoyer à AIDS Healthcare Foundation (AHF). C’est une initiative essentielle, dans la mesure où seuls le Fonds mondial de lutte contre le sida et les donneurs internationaux financent dépistage et prévention, et que seul un nombre très limité d’ONG s’en charge sur le terrain. »

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Malgré des déclarations de bonne volonté, le gouvernement ukrainien est, lui, critiqué pour son inaction, voire pour les complications qu’il inflige aux ONG. Ce qui a poussé récemment Andriy Klepikov, le directeur d’Alliance-Ukraine, le principal récipiendaire de l’aide du Fonds mondial, à s’insurger. « Vous savez ce que fait le gouvernement pour empêcher la propagation du VIH ? Absolument rien ! »

Avec environ 400 000 personnes vivant avec le VIH, l’Ukraine est le seul pays d’Europe, avec la Russie, où l’épidémie continue à augmenter. Actuellement, seuls 28 000 malades sont sous thérapie antirétrovirale (ARV). Selon les chiffres de l’OMS, il en faudrait au moins 170 000. Les tentatives d’augmenter le nombre de patients se heurtent à des problèmes structurels, en particulier en dehors des grandes villes, ainsi qu’à un manque de volonté politique.

Sida et monastère ne font pas bon ménage

A Kiev, la clinique de la Lavra, adossée à un important monastère orthodoxe, est réputée parmi les meilleures de l’ex-URSS. Elle accueille 1 800 patients sous ARV. Beaucoup viennent des quatre coins du pays, poussés par le déficit d’infrastructures et un niveau de discrimination cruel dans les provinces. « Ici, ils reçoivent attention et traitements appropriés, et peuvent repartir chez eux avec des doses d’ARV suffisantes pour une certaine durée, parfois jusqu’à trois mois » , explique la directrice Svetlana Antonyak.

La clinique est en ce moment sous pression de ses voisins religieux qui demandent, avec le soutien tacite des autorités municipales, la délocalisation de la clinique en banlieue. « Ça cache un projet immobilier juteux, pour sûr , se révolte Svetlana Antonyak. Mais surtout, ils ne supportent justement pas d’avoir ce genre de malades sous leurs fenêtres. »

Une situation précaire, d’autant que les autorités ont pris un retard dangereux et inexpliqué dans la publication d’un appel d’offres pour le renouvellement de traitements, entraînant un risque de pénurie partielle. « La direction de la Lavra a déjà dû diminuer les doses qu’elle distribue. Certains patients doivent maintenant revenir tous les quinze jours, constate Andriy Andrushkiv, chargé de communication à l’ONG « Réseau de personnes vivant avec le VIH ». Un nouvel appel d’offres vient d’être publié. Si le gouvernement respecte les règles cette fois, on devrait éviter la pénurie. Le 1er mars entre en vigueur une nouvelle loi régissant les marchés publics. Il y a beaucoup de problèmes dans cette loi et nous demandons son annulation. Mais en plus, aucune directive n’indique comment l’appliquer ! A partir du 1er mars, nous sommes aveugles. » Une manifestation contre cette nouvelle législation a été organisée, le mardi 12 février, aux alentours du Parlement. Sans réaction du gouvernement jusqu’à présent.

Un gouvernement qui est régulièrement accusé de compliquer la tâche des ONG. Le taux de contamination du VIH par voie de seringues infectées est ainsi de 22 % en Ukraine, faisant des programmes de traitements de substitution pour usagers de drogues un outil indispensable de la lutte contre le virus. Fin janvier, le ministère des Impôts a néanmoins réclamé à Alliance-Ukraine des droits de douane rétroactifs de 300 000 euros, pour l’importation de seringues neuves en 2010. Un achat pourtant classé comme « humanitaire » et, à ce titre, exempt de taxes. Mais, en Ukraine, la notion « d’humanitaire » semble être comprise de manière bien particulière.

Journaliste et voyageur, je suis un Européen d'origine française et observateur insatiable de la composition, décomposition et recomposition du continent. Depuis 2011 en Ukraine, je suis en permanence sur les routes, afin de suivre les évolutions et révolutions qui secouent ce pays. L'occasion d'affiner mon regard sur les différences - et ressemblances - qui font cette autre Europe.

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