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Le Soir: Moscou met Kiev à l’amende

Article publié dans Le Soir, le 29/01/2013

UKRAINE Gazprom réclame 7 milliards de dollars pour « non-respect du contrat »

KIEV

DE NOTRE CORRESPONDANT

On ne parle pas encore de guerre du gaz, mais l’addition est salée. Selon les termes d’un accord gazier passé en 2009, la compagnie ukrainienne d’Etat Naftogaz se devait d’acheter au minimum 42 milliards de mètres cubes de gaz au géant russe Gazprom en 2012. Elle n’a importé que 33 milliards de m3, et à ce titre elle s’est vu infliger une amende de 300 % le prix des quantités non importées. Soit 7 milliards de dollars.

Naftogaz a confirmé avoir reçu la notification de l’amende, ce dimanche, mais s’est refusée à tout commentaire. Des responsables de Naftogaz avaient néanmoins indiqué, à la fin 2012, qu’ils considéraient avoir importé une quantité de gaz « suffisante et en accord avec le contrat », et qu’ils n’étaient pas disposés à payer l’amende. Ce qui laisserait présager un nouveau face-à-face glacial entre Kiev et Moscou, comme le craint Mikhail Krutikhin, expert de la compagnie russe RusEnergy : « Entre l’Ukraine et la Russie, une nouvelle confrontation a débuté. On peut s’attendre à des problèmes, comme un arrêt des livraisons de gaz à l’Ukraine, puisque les termes du contrat n’ont pas été respectés. »

Cette pénalité est une des clauses du contrat gazier signé entre la Russie de Vladimir Poutine et l’Ukraine de Ioulia Timochenko en janvier 2009. De nombreuses voix en Ukraine se sont élevées pour dénoncer cet accord, considéré comme un racket. A son arrivée au pouvoir, début 2010, le président Victor Ianoukovitch avait négocié un rabais, en échange du prolongement du bail de la flotte russe de la mer Noire à Sébastopol, en Crimée, jusqu’en 2042. En octobre 2011, au terme d’un procès dénoncé comme politique, Ioulia Timochenko a été condamnée à sept ans de prison pour abus de pouvoir dans la conclusion de l’accord. Mais rien n’y a fait : à cause de la hausse des prix mondiaux des hydrocarbures, l’Ukraine a payé, au dernier trimestre 2012, 430 dollars pour mille mètres cubes de gaz. Dans le même temps, la lointaine Allemagne payait 425 dollars.

Le gouvernement ukrainien s’est engagé depuis des mois dans la renégociation du contrat. Le Premier ministre, Mykola Azarov, a annoncé son intention de réduire les importations de gaz russe à 12 milliards de mètres cubes d’ici à 2016. Gazprom, et le Kremlin derrière elle, a laissé entendre qu’elle n’accepterait un compromis qu’à condition d’acquérir une partie du réseau de gazoducs ukrainien, ce à quoi Kiev se refuse catégoriquement.

Les négociations sont pour l’heure dans l’impasse. Une situation qui pourrait concerner directement les pays européens, comme cela avait été le cas lors des dernières « guerres du gaz ». A Bruxelles, la porte-parole du commissaire à l’Energie, Marlene Holzner, a souhaité tempérer les déclarations alarmistes : « Il n’y a pas de crise. Personne ne parle de crise. »

L’affaire met le gouvernement ukrainien à mal, alors qu’il reçoit ce mardi une délégation du FMI pour s’assurer d’un soutien financier désormais crucial. Mais surtout, l’amende tombe juste après la conclusion d’un accord majeur, le 24 janvier, avec le géant anglo-hollandais Shell pour l’exploration d’immenses gisements de gaz de schiste dans l’est de l’Ukraine. Avec des ressources estimées à 1,2 trillion de m3, le pays serait la troisième réserve de gaz de schiste en Europe, après la France et la Norvège.

Shell serait prêt à investir 10 milliards de dollars, soit l’investissement étranger le plus important en Ukraine. Selon les prévisions, on pourrait exploiter environ 20 milliards de m3 de gaz par an d’ici 2025, ce qui conférerait à l’Ukraine une autonomie inédite par rapport au gaz de Russie. On soupçonne ainsi une mesure de représailles de la part de Moscou, pour tenter de garder le « petit frère ukrainien » dans son giron. Pour Victor Baloha, ancien ministre des Situations d’urgence, aujourd’hui député indépendant, c’est là une des meilleures raisons de se rapprocher de l’UE : « Quand un voisin sait que, pour le dire franchement, nous avons un problème avec le budget, et qu’il nous demande de payer quelque chose que nous n’avons pas consommé, ce n’est pas un geste très “fraternel”. » La querelle entre les deux « frères ennemis » pourrait bien se terminer devant la justice internationale.

Journaliste et voyageur, je suis un Européen d'origine française et observateur insatiable de la composition, décomposition et recomposition du continent. Depuis 2011 en Ukraine, je suis en permanence sur les routes, afin de suivre les évolutions et révolutions qui secouent ce pays. L'occasion d'affiner mon regard sur les différences - et ressemblances - qui font cette autre Europe.

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