Société Ukraine

TdG: En Ukraine, le foot est mieux traité que le sida

Article paru dans La Tribune de Genève, le 06/06/2012

Avec 400 000 personnes atteintes du sida, l’Ukraine est le seul pays d’Europe avec la Russie où l’épidémie continue d’augmenter

 «L’Ukraine a réussi à mobiliser plus de 560 millions de dollars pour rénover le stade olympique de Kiev. Par contre, le pays n’a pas tenu sa promesse de sauver la vie des siens, atteints du sida.» Alors qu’on s’apprête à siffler le coup d’envoi de l’Euro 2012, c’est un carton rouge que l’association néerlandaise Aids Fonds a brandi dans une lettre ouverte au président Victor Ianoukovitch.

Avec environ 400 000 personnes atteintes du sida, l’Ukraine est le seul pays d’Europe, avec la Russie, où l’épidémie connaît une augmentation constante. En avril, l’organisation américaine AIDS Healthcare Foundation (AHF) a adressé une lettre ouverte au Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. Depuis 2004, celui-ci a alloué 316 millions de dollars à l’Ukraine. Avec un bilan amer: sur 170 000 personnes qui avaient besoin de traitements antirétroviraux en décembre 2010, moins de 23 000 en bénéficiaient. Soit autant qu’en Birmanie, qui a pourtant reçu dix fois moins d’argent que l’Ukraine.

AHF a donc demandé la reprogrammation de 75% de l’aide du Fonds mondial «pour se concentrer sur l’accès au traitement. L’épidémie pourrait enfin reculer, car nous savons aujourd’hui que le traitement vaut comme prévention», explique Constance Boris, responsable régionale à AHF. En mars, l’avant-projet d’un audit de la situation en Ukraine par le Fonds mondial a dénoncé des détournements de fonds généralisés, notamment par les bénéficiaires principaux de l’aide, Alliance-Ukraine et le Réseau des personnes séropositives d’Ukraine.

Les cas d’appels d’offres opaques ou encore de politiques salariales démesurées, que le rapport décrit, sont rejetés en bloc par Kostiantyn Pertsovskiy, chargé de relations publiques à Alliance-Ukraine: «Il n’y a pas eu de détournement de l’aide, sinon le Fonds nous aurait demandé de rendre l’argent. C’est aussi simple que cela. Et oui, nos salaires sont élevés, mais c’est parce que nous voulons nous entourer des meilleurs spécialistes.»

Sous le couvert de l’anonymat, le directeur d’une ONG de lutte contre le sida, à Kiev, fait part de son indignation: «Entre des ONG de terrain et la prestigieuse Alliance-Ukraine, les salaires peuvent varier de 80 à 800 euros pour les mêmes emplois! Ça n’a pas de sens. Selon moi, ce sont environ 30% de l’argent du Fonds qui disparaissent dans des opérations douteuses.» Pour lui, l’européanisation de l’Ukraine passe par la résolution de ces problèmes, bien plus que par le football.

Journaliste et voyageur, je suis un Européen d'origine française et observateur insatiable de la composition, décomposition et recomposition du continent. Depuis 2011 en Ukraine, je suis en permanence sur les routes, afin de suivre les évolutions et révolutions qui secouent ce pays. L'occasion d'affiner mon regard sur les différences - et ressemblances - qui font cette autre Europe.

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